Le NPA soutient la lutte du peuple mauritanien pour la défense de la démocratie, et la lutte contre le coup d’état du Général Aziz qui a déposé le Président de la république librement élu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.
Ce combat, mené à l’intérieur mais aussi à l’extérieur de la Mauritanie, met de plus en plus en difficulté ce pouvoir illégitime.
Force est de constater, une nouvelle fois, que le gouvernement français, après avoir formellement dénoncé le coup d’état, se range aux cotés de la junte :
· Par les déclarations de Nicolas Sarkozy le 27 mars 2009, lors de son déplacement à Niamey au Niger, qui affirme qu’aucune protestation n’a eu lieu contre le coup d’état, et ceci en contradiction flagrante avec les mobilisations quotidiennes qui se déroulent.
· Par le refus de prendre des sanctions individuelles contre les membres de la junte.
· Par le rôle, de plus en plus important, des officines officielles et officieuses du néocolonialisme français auprès du général Mohamed Ould Abdel Aziz.
Plus que jamais notre Parti dénonce la complicité du gouvernement français n’hésitant pas à pactiser avec un fossoyeur de la démocratie en Afrique au nom de la sécurité et de la stabilité de la région.
Nous soutenons l’action militante de Abdoullah Ould El Mounir et Omar Ould Dedde Ould Hammady, membres de la coalition anti-putsch « for Mauritania », qui ont entrepris de se rendre en Mauritanie alors que le pouvoir accentue sa répression, comme l’atteste l’emprisonnement récent de Hannefi Ould Dehah, journaliste et directeur du site web d’information Taqadoumy.
Nous appelons l’ensemble des organisations ouvrières et démocratiques à entourer de leur solidarité active ces deux militants de la démocratie en Mauritanie.
Groupe de travail Afrique du NPA
28 juin 2009
25 mai 2009
Kostantina Kouneva
En attendant la sortie du clip, voici en exclusivité un morceau composé en solidarité avec la militante syndicale immigrée bulgare Kostantina Kouneva. Elle fut victime d'une tentative d'assassinat au vitriol de la part du patronat. Plus d'infos sur :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article13002
10 mai 2009
Vers une multinationale...des luttes !
Plus d’une dizaine de pays africains vont connaître des élections présidentielles en 2009 et 2010, parmi lesquels l’Angola, la Mauritanie, le Congo-Brazzaville la Guinée Bissau, la Guinée Equatoriale, le Tchad, le Burkina Faso, etc. Certes, les situations de ces pays sont bien différentes.En Mauritanie, ce sont les auteurs du coup d’Etat qui organisent les élections, mais aussi la répression pour museler une opposition qui boycotte cette mascarade électorale dont le seul but est de donner à la communauté internationale un vernis présentable des putschistes. Au Burkina Faso, l’opposition forte et combative se place déjà sur la ligne de départ pour l’échéance de 2010. Elle dénonce déjà des listes électorales truquées qui sont faites par et pour le pouvoir en place. Quant au Tchad, personne ne s’attend à un quelconque semblant de démocratie de la part de Deby qui a été sauvé, in extremis, par l’armée française et qui a profité des attaques des rebelles venant du Soudan pour faire arrêter et assassiner l'un des principaux opposants, Ibni Oumar Saleh.
Cependant, ces élections ont des points communs. Elles représentent pour les peuples une échéance dans leur lutte continue pour une véritable démocratie dans leur pays. Pour l’impérialisme français, le challenge est évidemment tout autre: il est de pérenniser la stabilité de régimes corrompus qui n’hésitent pas à offrir les richesses de leurs pays aux grandes multinationales, en premier lieu françaises, pour qu’elles engrangent des profits.
En France, le pouvoir s’accommode fort bien des dictatures. Très indulgent avec Faure Gnassingbé au Togo, qui a écrasé dans le sang les opposants à son coup d’Etat; fort accommodant avec la junte putschiste en Mauritanie où Sarkozy, comme pour les grèves en France contre sa politique, n’a pas aperçu la moindre manifestation d’opposition pour défendre la démocratie et bien compréhensif; enfin, avec l’auteur du coup de force Rajoelina, lui offrant même gite et couvert à l’ambassade de France, contre Ravalomanana dont les préférences Anglo-Saxonnes étaient mal vues par l’Elysée.
C’est dans ce cadre qu’un collectif s’est formé sur Paris, à l’appel de plusieurs associations dont Survie et le CEDETIM. Son but : promouvoir une vigilance afin que les élections soient réellement transparentes et sincères, être capable de relayer les informations en France et d’offrir un cadre de solidarité avec les luttes sur le continent africain. Notre parti s’est investi dans ce collectif car c’est bien la classe dirigeante française qui n’a eu de cesse, depuis les proclamations des indépendances des pays africains, de fomenter les coups tordus contre les peuples, les trucages d’élections faisant partie de leur sinistre panoplie. Cette dimension internationaliste est une donnée essentielle de l’activité du NPA, car être anticapitaliste c’est comprendre que le Capital ne se nourrit pas seulement de l’exploitation des travailleurs en France, il se nourrit également de l’exploitation des richesses et des peuples des pays dominés. C’est pour cela que nous favoriserons les convergences des luttes contre le capital et pour les peuples au-delà des frontières.
Paul Martial
CFA, toujours Colonies Françaises d’Afrique ?
Christine Lagarde a invité (convoqué…) les autorités financières de la zone CFA à Paris fin février pour évoquer la crise, et a multiplié les avertissements dans la presse depuis. Le message est simple : pas de protectionnisme contre les produits européens ; pas d’augmentation de salaire pour les salariés et pas touche aux réserves de change placés à la banque de France, trésor de guerre français lié au Franc-CFA. A quand la mutinerie ?
Double discours
« La France, économiquement, n'a pas besoin de l'Afrique »,
Nicolas Sarkozy, ministre du budget et candidat présidentiel, Cotonou, mai 2006.
« L'Afrique est toujours et doit rester une priorité pour la France »,Nicolas Sarkozy, président-VRP, Brazzaville, mars 2009.
Total racisme, Total exploitation.
Le 27 mars, les salariés de Total-Burkina ont observé un sit-in de 5 heures pour protester contre les discriminations entre salariés français et burkinabé (les premiers seulement ayant droit à un accord d’entreprise imposé par le code du travail français) et exiger des augmentations de salaires promises et jamais tenues. A la suite de cette action, le directeur général de Total a tout simplement promis de « tout faire » pour se débarrasser des délégués du personnel et a entamé une procédure de licenciement.
La joie de Joyandet au Cameroun
Paul Eric Kingué, maire RPT (parti au pouvoir) de la commune de Njombe Penja (Cameroun) avait écrit au président Biya en mars 2008 pour se plaindre que les entreprises françaises ne s’acquittaient pas des taxes dues pour l’exploitation des bananeraies, où les travailleurs sont par ailleurs maintenus dans une situation de quasi-esclavage. François Armel, directeur général du groupe PHP avait juré d’avoir sa tête : il l’a eu, et après un montage grossier, le maire de Njombe Penja a été jeté en prison. C’est son successeur qui a accueilli Alain Joyandet, le secrétaire d’Etat français à la coopération et à la francophonie en visite au Cameroun en mars dernier. Il s’est dit très satisfait des entreprises françaises. D’ailleurs Joyandet a pu constater lui-même que tout allait bien : « les dirigeants de cette entreprise ne m'ont pas fait de doléances particulières », et il a vu les salariés « avec de la joie dans les yeux. »
(quotidienmutations.info, 13 mars 2009)
L’ami des dictateurs
«Sur la Mauritanie, vous connaissez bien ça, est-ce qu'on a souvent vu un coup d'Etat sans manifestation et sans protestation, si ce n'est celle de la France ? Lorsque le président démocratiquement désigné a été retenu, moi-même je l'ai appelé, moi-même j'ai exigé qu'il soit libéré, mais enfin, force est de constater qu'il n'y a pas eu un député ou un parlementaire qui a protesté et qu'il n'y a pas eu de manifestation », a déclaré Sarkozy lors de son voyage au Niger. Outre que le président déchu lors du coup d’Etat d’août dernier n’a jamais été appelé par notre nouveau super-menteur, les protestations de la France ont toujours été des plus molles.
Celles des mauritaniens au contraire n’ont cessé de s’intensifier, bravant l’interdit de manifester et la répression du pouvoir. Le président de l’Assemblée nationale lui-même, Messaoud Ould Boulkheir, a démenti Sarkozy sur RFI le 31 mars dernier, et dénoncé la Françafrique. Voici en tout cas un sacré cadeau pour le général putschiste Abdel Aziz qui s’apprête à s’installer définitivement au pouvoir par un sacre électoral boycotté par les démocrates. On savait que les représentants des putschistes avaient porte ouverte à l’Elysée, en voici la confirmation officielle.
Celles des mauritaniens au contraire n’ont cessé de s’intensifier, bravant l’interdit de manifester et la répression du pouvoir. Le président de l’Assemblée nationale lui-même, Messaoud Ould Boulkheir, a démenti Sarkozy sur RFI le 31 mars dernier, et dénoncé la Françafrique. Voici en tout cas un sacré cadeau pour le général putschiste Abdel Aziz qui s’apprête à s’installer définitivement au pouvoir par un sacre électoral boycotté par les démocrates. On savait que les représentants des putschistes avaient porte ouverte à l’Elysée, en voici la confirmation officielle.
Soupçons de collusion française.
Au plus fort de la crise malgache (cf. p. 10) , la France a hébergé Rajoelina à son ambassade. Il a fallu trois jours, après les condamnations unanimes du coup d’Etat de l’Union africaine, de la SADC (groupement des pays d’Afrique australe), et de l’Union européenne, pour que la France qualifie la prise de pouvoir de « coup d’Etat ». Même si elle proclame son impartialité, cela n’a pas empêché son ambassadeur, nouvellement nommé, de faire « une visite de courtoisie » à Rajoelina avant sa cérémonie d’installation au pouvoir en lui assurant que la coopération économique serait maintenue. Soutien de taille quand on sait que la France est le premier bailleur du pays. Cela tranche avec les Etats-Unis et la Norvège qui ont suspendu leur aide économique. La France n’est visiblement pas chagrinée de ce coup d’Etat. L’a-t-elle encouragé ? En 2002, les autorités françaises avait tardé à reconnaître la chute de « leur » dictateur, Ratsiraka, et l’élection démocratique de Ravalomanana, imposé par la population au terme de plusieurs mois de mobilisation. En représailles, la France avait perdu des parts de marché et des investissements, au profit d’autres pays (USA, Canada, Afrique du Sud, Chine) et du groupe de Ravalomanana lui-même, même si certains groupes français comme Colas (construction de routes) avaient bien tiré leur épingle du jeu. Il avait fallu toute l’insistance de Sarkozy pour permettre à Total d’obtenir 60% de l’important gisement de pétrole lourd de Bemolanga, mais à des conditions qui n’étaient visiblement pas celles qu’espérait la multinationale. Par ailleurs, Rajoelina s’est appuyé sur le clan déchu de l’ex-dictateur Ratsiraka, exilé en France, notamment sur le neveu de ce dernier, et sur son ex-chef d’Etat-major. Autant d’éléments qui, s’ils ne permettent pas d’affirmer catégoriquement que la France a joué un rôle en sous-main, militent pour que des enquêtes complémentaires soient menées…
ALGERIE : Ré « élection » du président Bouteflika. Un résultat officiel (trop) attendu. version longue

Tout le monde ou presque l’avait prédit ainsi : « Le seul enjeu sera de connaître le taux de participation », ou celui qui sera annoncé officiellement. Personne n’était dupe, tellement il était écrit d’avance qu’Abdelaziz Bouteflika, président de l’Algérie depuis dix années, sera « élu » pour une troisième fois.
Cela ne faisait aucun doute, et pour y arriver, le pouvoir n’aurait, très certainement, même pas eu besoin de frauder. Les forces politiques l’avaient bien pressenti, et les deux principaux partis (bourgeois) d’opposition – d’opposition non pas au système en place, mais aux clans de l’oligarchie qui s’en arrogent, pour le moment, les principaux bénéfices – s’étaient bien abstenus de présenter des candidats. Ainsi, pour la première fois en même temps, ni le FFS (Front des forces socialistes) de Hocine Aït Ahmed, parti populiste à base régionale ancrée en Kabylie (région berbérophone), ni le RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie) de Saïd Sadi - son éternel rival en Kabylie mais qui représente surtout aussi les élites modernistes francophones du pays – ne participaient à une élection.
Ces deux partis d’opposition classiques, qui avaient de temps à autre participé à des gouvernements (le FFS au début des années 1990, le RCD de 1999 à 2001), vont d’ailleurs se rapprocher pour esquisser une perspective de survie politique à plus long terme. Ceci pour échapper au destin des autres grands partis politiques, qui se sont largement effacés derrière un président en apparence tout-puissant. C’est le cas du FLN, ex-parti unique, mais aussi du RND (Rassemblement national démocratique), son clone né en 1996/97, et encore des « islamistes modérés » du MSP-Hamas : ces trois partis ont intégré depuis des années l’« Alliance présidentielle ». Mais ils ne marquent guère la politique algérienne.
La gauche radicale, dont le principal parti anticapitaliste est le PST (Parti socialiste des travailleurs), n’avait pas participé à l’élection non plus. Y était présente, en revanche, la candidate du PT (Parti des travailleurs), Louisa Hanoun, une nationaliste de gauche aux origines trotskistes, qui critique à juste titre les institutions financières internationales tels que l’OMC et le FMI, mais « oublie » de plus en plus de critiquer également l’oligarchie algérienne et le système en place. Elle aura même terminé deuxième à l’élection présidentielle, selon les résultats officiels, avec… 4,22 %.
Le président Bouteflika aura encore augmenté son score officiel, passant de 73,8 % à sa première « élection » en avril 1999 puis 84,99 % (lors de sa réélection en avril 2004) à 90,23 % maintenant. Or, ces résultants sont une mascarade, même si Bouteflika aurait même, selon toute vraisemblance, remporté des élections qui auraient été honnêtes. Son premier score, obtenu le 15 avril 1999, avait d’ailleurs été enregistré alors même que six candidats sur sept – tous les autres sauf lui – s’étaient retirés la veille de l’élection puisque les fraudes s’annonçaient, à l’époque, trop visiblement. Tous les autres candidats n’étaient alors plus présents dans la course présidentielle, mais leurs bulletins restaient disponibles à côté des urnes. Depuis cette élections-là, fort controversées, Bouteflika augmente encore son score d’année en année. Grotesque.
Le plus « bizarre », dans l’histoire, est cependant le taux de participation annoncé, se chiffrant officiellement cette année à 75,5 %. Aucun observateur impartial n’y accorde de crédit. Luis Martinez, auteur de plusieurs analyses pertinentes sur l’Algérie et qui travaille sur le pays depuis des décennies, fait ainsi observer que ce taux de participation ne correspond à aucune logique. En 1990/91, après la fin du régime de l’ancien parti unique (implosé en octobre ’88) et avant l’éclatement de la guerre civile, régnait selon lui une véritable « euphorie démocratique » en Algérie. Des partis politiques, des associations, une presse pluraliste, des syndicats autonomes (en dehors de l’ancienne centrale proche de l’Etat, l’UGTA ou Union générale des travailleurs algériens) se fondaient à cette époque. Or, le taux de participation, en ces années-là, ne dépassait pas les 40 à 50 % au maximum. Alors, pourquoi, aujourd’hui, alors que la vie politique du pays est exsangue et placée à l’ombre d’un président en apparence « tout-puissant », il dépasserait les 75 % ? Cela apparaît, à juste titre, comme illogique.
Le secret est d’ailleurs facile à percer. Le 10 avril, lors d’une conférence de presse ayant lieu au lendemain du vote, une journaliste espagnole rendait très confus le ministre de l’intérieur, Yazid Zerhouni, par une simple question. Pourquoi, demandait-elle, on continue à utiliser en Algérie des urnes en bois (non transparentes), alors que dans la plupart des autres pays, on glisse des enveloppes fermées dans des urnes qui sont, elles, transparentes ? Zerhouni choisit de répondre à côté, changeant plusieurs fois de langue au cours de sa réponse et se confondant en pseudo-explications « bidon ». La réponse, tout le monde la connaît. Quand les urnes arrivent, elles sont déjà bourrées, elles comportent déjà de nombreux bulletins. Le langage populaire algérien les appelle « des urnes enceintes ». Il s’agissait, en annonçant un taux de participation grandiloquent à défaut d’être crédible, de donner une légitimité forte au régime présidentialiste mis en place ces dernières années.
Dans ce processus, Bouteflika a d’ailleurs gagné des parts de pouvoir y compris contre les généraux qui l’avaient pourtant choisis comme « candidat du consensus » officiel, dans l’hiver 1998/99, et l’avaient mis au pouvoir. Des généraux qui le gênaient ont été mis à la retraite (Lamari) ou envoyés sur un poste d’ambassadeur au Maroc (Belkheir), une sorte de mise en placard doré. C’est qu’il y a une nouvelle centralisation du pouvoir politique, concentré essentiellement entre les mains du président et de son entourage, au détriment d’un fonctionnement plus collégial du régime militaire des années 1990 (dont la tête était plus faible).
Cette concentration du pouvoir, et en même temps sa stabilisation, s’explique essentiellement par deux facteurs. Premièrement, le président Bouteflika est arrivé au pouvoir début 1999, autrement dit à la fin de l’atroce guerre civile (qui se terminait parce que les islamistes radicaux avaient perdu leur soutien populaire initial, en partie parce qu’ils avaient fait fuir leurs soutiens en imposant par la force des préceptes idéologiques de « moralisation » dans les zones qu’ils contrôlaient temporairement). Après les grandes tueries collectives de 1996 à 98, la population était tellement soulagée que « ça se termine » que le pouvoir en place aurait pu présenter un balai comme candidat à la présidence, et le balai aurait été élu, pour peu que le peuple puisse le rendre (co)responsable de la fin de la guerre civile. Le prix à payer a pourtant été lourd : l’amnistie, en deux étapes (1999 et 2005), des tueurs des deux côtés : et des islamistes radicaux anciennement armés et des militaires. Le tout accompagné d’un silence ordonné par l’Etat, puisque la loi d’amnistie de 2005 – la « Charte de réconciliation nationale » - interdit même d’évoquer en public « la tragédie nationale », pour ne pas « rouvrir les plaies ». La paix revenue est en partie celle des cimetières, et à coup sûr de l’amnistie des tueurs, de l’impunité.
Second facteur, l’augmentation forte des prix du pétrole sur le marché mondial, entre 1999 et 2007. Alors que l’Etat algérien a dû mendier le rééchelonnement de sa dette, il y a quinze ans (au pire moment de la guerre civile et aux pires conditions), les caisses de l’Etat sont pleines aujourd’hui. L’essentiel de l’argent n’a pas été redistribué, mais renfloue un fonds de devises gardé par l’Etat pour envisager des temps plus durs à venir. Il contient actuellement 139 milliards de dollars. L’essentiel de la dette a été payé, souvent de façon anticipée. Or, même si la majeure partie de l’argent n’a pas été redistribué auprès des Algériennes et Algériens, le régime a quand même été en mesure de « s’acheter la paix sociale » par des mesures de saupoudrage qui entretiennent le clientélisme. Puis il a lancé quelques grands travaux d’infrastructure, notamment pour parer (partiellement, certes) au manque criant de logements.
Or, à la différence du pouvoir « socialisant » des années 1970, celui actuellement en place n’a conduit aucune politique de développement autocentré, visant à sortir de la dépendance économique et du sous-développement structurel. Aujourd’hui, l’économie algérienne dépend, encore et toujours, à 97 % des recettes d’exportation de deux matières premières seulement : le pétrole et le gaz. Or, le prix de ses ressources naturelles, après être monté en flèche (mais provisoirement), est en baisse aujourd’hui, depuis un an et demi. Les recettes d’exportation de l’Algérie ont, en conséquence, fortement baissé : entre le premier trimestre 2008 et le premier trimestre 2009, elles sont ainsi passées de 18 milliards à 10 milliards dollar environ. Le recul se chiffre, selon le journal « El Watan » du 21 avril dernier, à 42 %.
La nouvelle concentration du pouvoir avait permis, au cours de ces dernières années, de régler certains conflits (entre clans de l’oligarchie et/ou courants politiques) à l’intérieur du pouvoir. Mais certaines questions n’étaient pas résolues. Ainsi celle du degré d’ouverture de l’économie algérienne – notamment vis-à-vis des intérêts occidentaux -, réclamée par une partie du pouvoir alors qu’une autre partie de l’oligarchie (désireuse de ne pas abandonner tout contrôle du marché intérieur, parfois pour des raisons mafieuses) freine. Depuis trois ans, le pouvoir algérien, réconforté par le prix du pétrole, avait en partie abandonné la politique d’ouverture frénétique poursuivie jusqu’en 2005. Alors que celle-ci pouvait souvent être qualifié de bradage de l’économie, au profit des Occidentaux mais aussi des capitaux du Golfe, un certain coup de frein était intervenu depuis 2005 avec notamment l’abandon du projet de privatisation accrue des puits de pétrole algériens. Récemment, une nouvelle règle avait même contraint toute firme étrangère qui effectue un investissement en Algérie, d’y associer à hauteur du 30 % du capital investi un partenaire algérien. Or, alors que la presse algérienne annonce ce 28 avril que le président Bouteflika a décidé de reconduire tout le gouvernement sortant (conduit par Ahmed Ouyahia), on apparend en même temps que cette exigence vient d’être purement et simplement abandonnée. L’ouverture de l’économie algérienne au capitalisme mondial risque ainsi de s’accélérer de nouveau.
Bertold de Ryon
Inscription à :
Messages (Atom)
