Affichage des articles dont le libellé est Antilles. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Antilles. Afficher tous les articles

10 mai 2009

Guadeloupe : Les accords Bino revus... à la baisse

« La Gwadloup sé tannou, la Gwadloup sépa ta yo ; Yo péké fè sa yo vlé an péyi an-nou »

Le 26 février 2009, après 44 jours de grève générale, un accord salarial était signé par le LKP et 6 organisations patronales. C’était près de 20.000 salariés qui allaient en bénéficier. Depuis, les organisations syndicales s’activent sur le terrain pour que les patrons signent l’accord Bino(1). Ils ont signé parce que les travailleurs l’ont exigé, l’accord leur garantissant le maintien des augmentations salariales au-delà de trois ans.

A ce jour, ce sont près de 50.000 salariés qui peuvent en bénéficier, dans tous les secteurs d’activités privées et publiques. Or, et c’est une première dans l’histoire sociale de France, ce sont des accords au rabais qui viennent d’être légalisés par le gouvernement. En amputant de son article 5(2) concernant l’augmentation des salaires de 200 € nets intégrés dans la rémunération des salariés à la charge de l’employeur, l’Etat démontre son inféodation au MEDEF. Ce qui n’est guère surprenant au vu des déclarations de madame Parisot. Les travailleurs guadeloupéens perdront 50 € dès 2010 (aides des collectivités) pour ceux employés dans les PME, et subiront, dans leur ensemble, une coupe sombre dans leurs salaires à compter de 2012 (fin des aides de l’Etat). C’est donc le retour à la case départ … sans toucher le pactole.
Alors qu’ils étaient étrangement muets lors du conflit, les ministres Alliot-Marie et Hortefeux se lâchent et résument en quelques mots la pensée unique gouvernementale arguant que « l'Etat n’était pas partie prenante à ce texte. Il ne pouvait donc en négocier le contenu ». On comprend mieux la fuite soudaine du Ministre des Colonies. Les termes d'« économie d’exploitation », réalité de l’économie ultra-marine, ayant comme un vieux relent esclavagiste aux oreilles de nos dirigeants, c’est cette interprétation du préambule(3) toute particulière à madame Parisot qui la pousse à refuser de reconnaître cet accord accepté par le patronat local. Bruyamment contesté, il n’est applicable qu’en Guadeloupe et conforme au code du travail. Affirmer qu’il est anticonstitutionnel et contraire aux droits de l’Homme est une pure allégation calomnieuse. En Outre-mer, c’est justement de l’application de ces droits dont il s’agit. On reconnaît bien là les pratiques du patronat, trop peureux, sans doute, que le mouvement LKP inspire quelques mouvements sociaux en métropole. En refusant la négociation au seul motif du préambule et de l’article 5, les capitalistes se démasquent au détriment des petits entrepreneurs et du peuple guadeloupéen. Seules les entreprises les plus importantes, tenues par les békés, refusent les avancées obtenues loyalement.

Mais l’accord Bino va au delà de l’aspect financier. Outre la revalorisation des minimas sociaux et la baisse des prix des produits de consommation courante, sur les 146 revendications 136 ont été obtenues. Parmi elles: la priorité d’embauche aux Guadeloupéens que ce soit dans les services publics (résorption de l’emploi précaire) ou dans le privé (formation des cadres , création d’un observatoire sur l’égal accès à l’embauche); l’environnement (développement des transports en commun, partage équitable des terres, accès à l’eau potable); la culture (valorisation et officialisation du créole, création d’un institut culturel à Capesterre); la formation afin de lutter contre le chômage endémique des jeunes (+ 50%). Si exiger le respect de notre dignité, le droit de vivre au pays, est contraire aux droits de l’Homme et anticonstitutionnel, comment qualifier des pratiques qui persistent depuis cinq siècles sur le plan économique local, si ce n’est d’impérialistes, empêchant tout développement de la Guadeloupe? A moins que pour le MEDEF et le gouvernement, nous ne soyons pas encore tout à fait des Hommes. D’autant plus que l’industrie de la canne à sucre, pourvoyeuse de main d’œuvre à bon marché et particulièrement de travailleurs « clandestins », vient de refuser les accords interprofessionnels. Quand on sait que c’est précisément grâce au sang versé par les africains esclavagisés, ancêtres de près de 90% de la population actuelle de la Guadeloupe, au profit et pour le compte d’une minorité toujours agissante aujourd’hui, que la France a pu se développer économiquement et être parmi les puissances financières impérialistes, les guadeloupéens sont en droit d’exiger le respect qui leur est dû. Il y a quelques temps qui devraient être révolus, mais hélas, pas pour tout le monde.

Et aujourd’hui, le gouvernement Sarkozy lance depuis Paris des Etats-généraux de l’Outre-mer au cours desquels seront dictés des directives que certains élus s’empresseront d’appliquer au doigt et à l’œil. Elus par ailleurs discrédités en Guadeloupe, par leurs comportements complices avec l’ordre gouvernemental.

Le LKP, véritable initiateur des Etats-généraux qui ont débutés le 5 Décembre 2008, refuse d’être la caution sociale, économique, politique et culturelle du Gouverneur Sarkozy et de ses relais en Guadeloupe. YO JA DESIDE BITEN A YO(4). Véritables représentants du peuple guadeloupéen, ils ne se contentent pas des restes d’un repas généreusement resservis par le Maitre de Case, mais qui ne conviendra jamais à l’estomac des peuples. Exiger le respect des accords BINO dans leur ensemble est un devoir pour tout guadeloupéen, ainsi que pour l’ensemble de la classe ouvrière. Ce que le patronat retire du panier des uns, il le retirera du panier des autres … Si ce n’est déjà fait et si nous n’y prenons pas garde.

Mariam SERI SIDIBE

(1) Jacques Bino : syndicaliste guadeloupéen, membre de la CGTG et du LKP, abattu par balle le 17 février 2009 alors qu’il revenait d’un meeting du LKP.
(2) Article 5 – Clause de convertibilité : « Au terme du délai des aides de l’Etat (36 mois) et des collectivités (12 mois), l’augmentation de salaire de 200 € nets est intégrée dans la rémunération des salariés à la charge de l’employeur sans préjudice d’éventuelles exonération. »
(3) Préambule des accords : « Considérant que la situation économique et sociale actuelle existant en Guadeloupe résulte de la pérennisation de l’économie de plantation, considérant que cette économie s’appuie sur des rentes de situation de monopole, des abus de positions dominantes qui génèrent des injustices. Considérant que ces injustices touchent aussi bien les travailleurs que les acteurs économiques endogènes, considérant que ce sont autant d’obstacles au développement économique endogène et à l’épanouissement social, Considérant la nécessité de faire tomber tous ces obstacles en instaurant un ordre économique nouveau prônant une revalorisation du travail de chacun (chefs d’entreprises et salariés) et promouvant de nouveaux rapports sociaux. Considérant que les parties conviennent à ce titre de la nécessité d’une revalorisation substantielle du pouvoir d’achat par un relèvement des bas salaires selon les modalités qui suivent ».
(4) Traduction : « Ils ont déjà tout décidé à notre place ».

Le mouvement LKP : Un espoir pour les Africains


S’il y a eu une journée à marquer d’une pierre blanche pour les Africains, c’est bien le 20 janvier 2009. Non seulement ce fut l’investiture du président Obama, fils d’Afrique et d’Amérique, mais également le début de la grève générale en Guadeloupe.

Le Liyannaj Kont Pwofitasyon(1), mouvement des convergences des luttes contre un système d’exploitation coloniale, a révélé aux Africains que, malgré les différences syndicales et politiques, si le peuple est en marche il gagne dans ses avancées sociales et qu’aucun gouvernement, même le plus répressif et libéral, ne peut l’arrêter.

« Pour nous c’est un grand moment d’espoir que nos cousins carayibéens nous font vivre, et c’est à nous maintenant de nous organiser contre le système colonial », déclare M. Keita, joint à Bamako.

Et c’est le même vent-lévé(2) du côté de Treichville à Abidjan où « nous avons eu notre Elie DOMOTA, malheureusement le nôtre s’est assis à la table du Commandant. Nos cousins, en ne cédant pas, nous ont redonné la hargne pour nous battre contre nos oppresseurs. »

D’autant plus qu’en Afrique, la crise mondiale sévit de plein fouet au travers d’une pénurie alimentaire organisée. Même si les conditions politiques ne sont pas les mêmes, « indépendance » oblige, il n’empêche que se sont les mêmes exploiteurs. Békés-Bolloré, même combat.

La Caraïbe a été, de tout temps, un laboratoire de ce qui a pu se faire de pire sur le plan humain. Toutefois, elle fut aussi dans l’histoire le phare des révolutions et Haïti paye encore aujourd’hui très cher l’audace de son indépendance. Selon le bon mot d’Alex Lollia: « Nous sommes de l’âge de pierre. Nous sommes du roc. De ce roc dont on fait les peuples ».

Et gageons que la lutte s’étendra aussi sur le continent africain. Un espoir depuis qu’il existe des versions locales de l’Hymne du LKP.

Mariam Seri Sidibe

(1) Lyennaj Kont Pwofitasyon (LKP) : Alliance contre l’exploitation – outrancière.
(2) Vent de révolte – en référence à une chanson de l’artiste guadeloupéen Gratien Midonnet « Vent Lévé ». Ce fut repris en 1988 lors de l’affaire Georges Faizan.

ESCLAVAGE : Quelle commémoration ? Quels enjeux ?

Chirac avait fait du 10 mai la « date de commémoration de la traite négrière, de l’esclavage et de ses abolitions ». La Traite fut la 1ère expérience de déportation massive, avant Hitler. Et l’esclavage un régime d’exploitation totalitaire-raciste. « L’esclave était juridiquement un bien meuble, un animal à produire, transmissible… (cf. Code Noir). Et on pouvait à n’importe quel moment … le rouer de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir de compte à rendre à personne, sans avoir d’excuses à présenter à personne » (A. Césaire). Donc oui, il faut commémorer la Traite Négrière et l’esclavage. Commémorer les abolitions, ne serait-ce pas une reconnaissance envers les « bons papas-blancs » qui auraient « accordé » l’abolition ? Car avant d’accorder l’abolition, ce furent ces « papas-Blancs » qu’étaient les Etats et colons qui mirent les Nègres dans les fers. Donc c’est l’esclavage et la traite qu’il faut commémorer, pour se souvenir que ces enfers furent consolidés par des Etats à la sauce « Droits de l’Homme»(1). Ne minimisons pas les combats des abolitionnistes. Mais le plus important, c’est que les esclaves n’ont jamais attendu les abolitions pour se rebeller, marronner, mener des luttes collectives, essayer de créer des communautés autonomes de Marrons. Certains créèrent un Etat rebelle, la République de Palmares(2). Souvent, les abolitions furent les conséquences directes ou indirectes des luttes de classes des esclaves (exemples : Haïti, Martinique)

Mais s’il y eut crimes contre l’humanité, hypothéquant le développement ultérieur des pays concernés, on doit poser la question des « réparations ». Le crime innommable ne pourra jamais être réparé. De plus les victimes sont mortes depuis longtemps(3), les auteurs aussi. En tout cas il faut commémorer, et ériger des mémoriaux non platoniques. Mais les questions des « réparations matérielles » doivent être posées. Concernant les colons, les coupables ne sont pas les actuels békés. Mais se désolidarisent-ils de leurs ancêtres, autrement que par des déclarations antiracistes ? Car la grande richesse békée s’est constituée sur la base de l’accumulation de capital résultant de l’esclavage. N’oublions pas, en général, leur refus raciste maintenu de se mélanger avec la population noire. Ici, question-clé : pour contribuer à « réparer », accepteraient-ils à titre de « restitution » aux descendants d’esclaves, la socialisation sans indemnité de leurs moyens de production, en vue d’un développement économique autocentré dans l’intérêt du peuple ? Non. Leur résistance de classe sera certaine !

En France, l’enrichissement des ports de Nantes, Bordeaux, La Rochelle s’est fait via la traite. Cela contribua largement au développement économique et à l’enrichissement du pays. Les pays ouest-européens ont une dette énorme vis-à-vis des peuples issus de l’esclavage et de l’Afrique saignée par la traite. S’il y eut des complicités africaines actives, l’impulsion déterminante vint d’Europe. Buts : peuplement massif des colonies américaines et exploitation esclavagiste. Si paiement il doit y avoir, qui doit payer ? Les Etats ex-esclavagistes ? Les villes qui se sont enrichies de la Traite ? Et ce dédommagement par seuls flux financiers directs, il devrait s’effectuer en direction de qui ? De tel Etat bourgeois/néocolonial(4), de tel Conseil Régional de colonie(5) ? On peut douter que les peuples victimes de la traite ou issus de l’esclavage voient la couleur de cet argent. Donc a priori ce n’est pas de cette seule manière que les réparations matérielles peuvent s’opérer. Voici quelques autres pistes.

- Soutenir en particulier les luttes des peuples issus de l’esclavage pour rompre les dominations coloniales et néocoloniales; pour conquérir leur souveraineté économique y compris la socialisation des biens des békés, pour planifier un développement autocentré dans l’intérêt populaire, y compris avec des financements gratuits des Etats du Nord, sans conditions.
- Travailler à la mise en place de structures populaires de solidarité durable avec ces peuples, à commencer par celui d’Haïti, que la France obligea à payer financièrement son indépendance.
- Arrêt du soutien aux régimes néocoloniaux créés avec l’appui matériel et financier des pays « ex-colonisateurs » et réprimant les anti-impérialistes.
- Annulation de la « dette », quel que soit le pays.
- Arrêt du pillage du Sud : annulation des programmes d’ « ajustement structurel » du FMI; arrêt de l’échange inégal et de la DTE.
- Suppression de l’OMC, de la Banque Mondiale, du FMI.
- Lutter contre la politique xénophobe des Etats occidentaux vis-à-vis des ressortissants des pays qu’ils colonisèrent ou néo-colonisent (y compris Haïti, Jamaïque, Trinidad-Tobago…) ; arrêt des chasses aux « sans-papiers »…

Tout cela s’intègre à la lutte anticolonialiste et anti-impérialiste. Mais la question des « réparations » impose une militance spécifique.
Fred Olas

(1) Exemples : déclaration des droits de L’Homme pour la France, Bill of Rights pour l’Angleterre.
(2) Brésil, Pernambouc. En 1640-1694. Elle résistera jusqu’en 1694.
(3) Millions d’Africains déportés par la France ; déportés se suicidant pendant la déportation ou y mourant du fait des mauvais traitements ; morts de la répression dans la colonie.
(4) Bénin, Sénégal, Jamaïque, Haïti, etc.
(5) Guadeloupe, Martinique …

Autour du 10 mai

Depuis 2001, le 10 mai est une date historique pour les afro-carayibéens et leurs frères et soeurs. Bien que certains pensent que cette date nous ait été octroyée, il nous appartient d'en faire la Nôtre. C'est à nous d'y mettre notre coeur, nos tripes, afin qu'on ne nous la détourne pas. Les traites et leurs maitres sont aux aguets. La Compagnie Créole sévit encore. Il nous appartient donc de faire de la Journée du Serment de Delgrès (10 mai 1802, Habitation Matouba), une journée mémorable. Après s'être promené l'après midi vous pouvez venir nous voir le 10 mai 2009 - a partir de 17 h 00, mairie d'Aubervilliers, pour une conférence et un spectacle : "Il était une fois l'esclavage".

Mariam SERI SIDIBE

13 février 2009

Soutien aux travailleurs de Guadeloupe, Martinique, Guyane et de la Réunion.

Soutien aux travailleurs de Guadeloupe, Martinique, Guyane et de la Réunion.


Depuis plus de trois semaines, les travailleurs de Guadeloupe sont en grève générale unitaire et illimitée. Depuis, la grève générale s’étend à la Martinique, à la Guyane et à la Réunion. Ils se battent contre la vie chère, les bas salaires, les licenciements et le chômage, pour leur dignité.
Leur combat est le nôtre, il est exemplaire.
Après le succès des grandes mobilisations du 29 janvier et avant celle du 19 mars, nous devons apporter toute notre solidarité aux Guadeloupéens, Martiniquais ; Guyanais et Réunionnais qui proclament avec la même force que ce n'est pas au peuple de payer la crise !
Le combat des salariés de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane et de la Réunion est le nôtre.

Tous ensemble, Solidarité !

Toutes et tous Lundi 16 février dans la rue à 18h Place de Clichy

Appel signé par : Alternative Démocratie Socialisme (ADS), Alter-Ekolo, Alternative Libertaire (AL), Association des Communistes Unitaires, Coordination Nationale des Collectifs Unitaires pour une alternative au libéralisme (CNCU), La Fédération, Les Alternatifs, Lutte Ouvrière (LO), Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Parti communiste des ouvriers de France (PCOF), Parti de Gauche (PG)