12 août 2009
NIGER: DECLARATION DE PRESSE
Contacts : 00227 21 76 52 38 / 97 12 16 18 / 90 41 58 57
E. mail : fusad.niger@yahoo.fr
___________________________________________________________
Réuni en session extraordinaire, ce lundi 10 Août 2009 le Conseil Exécutif National du Front Uni Pour la Sauvegarde des Acquis Démocratiques (FUSAD) fait la déclaration suivante.
La machine de répression et de liquidation du régime en place est en marche au Niger. En effet le régime fasciste, autocratique et impopulaire de Tandja vient d’arrêter encore MAROU AMADOU, Président du CROISADE, Président du FUSAD et Porte Parole du FDD. Ce dernier est poursuivit pour « atteinte à la sureté de l’Etat » selon le gouvernement, simplement parce que le FUSAD a réaffirmé son attachement à la constitution du 9 Août 1999, au rétablissement de la Cour Constitutionnelle dissoute et de l’Assemblée Nationale également dissoute conformément à l’article 48 alinéa 2 de la constitution du 9 Août 1999 qui dispose : « une nouvelle Assemblée est élue quarante cinq (45) jours au moins et quatre vingt-dix (90) jours au plus après cette dissolution ». Or il apparait clairement que les mécanismes de rétablissement de l’Assemblée Nationale ne sont pas mise en place du fait du cynisme de Tandja Mamadou a organisé dans les délais mentionnés plus haut. C’est dans cet esprit que le FUSAD a déclaré « l’Assemblée Nationale initialement dissoute en fonction dans toutes ces prérogatives aux côté de la Cour Constitutionnelle présidée par Madame Salifou Fatimata BAZEYE et a demandé aux Forces Armées Nigériennes de leur vouer loyauté conforment à la lettre et à l’esprit de la constitution de 9 Août 1999.
Aussi, le Conseil Exécutif National du FUSAD a-t-il lancé « un ultime appel aux Forces Armées Nigériennes, aux Chefs Traditionnels, aux Oulémas et Intellectuels Nigériens à se désolidariser une bonne fois pour toute du projet dictatorial et autocratique de Tandja Mamadou.
Le Conseil Exécutif National du FUSAD, dans sa déclaration du 9 Août 2009 a également demandé « pardon à toute l’Afrique car le régime de l’ex président de la République Tandja Mamadou l’a couverte de honte. »
Au vu de ce qui précède le Conseil Exécutif National du FUSAD :
- exige la libération immédiate et sans condition du Président MAROU AMADOU et le retour sans délai à la constitution du 9 Août 1999 ;
- réitère sa décision de mise en branle de l’Etat de « mobilisation générale et permanente sur toute l’étendue du territoire National et au-delà, jusqu’à la chute effective du régime d’exception du Lieutenant-colonel Tandja Mamadou. »
- invite enfin l’ensemble des organisations soucieuses de la préservation de la démocratie, les citoyens et démocrates sincères à se joindre au FUSAD dans son combat jusqu’au rétablissement de la Constitution du 9 Août 1999
Fait à Niamey le 10 Août 2009
Le conseil Exécutif National
10 mai 2009
Business françafricain, as usual...
C’est la RDC qui constituait l’étape la plus sensible du voyage présidentiel. Nicolas Sarkozy avait provoqué un tollé quelques semaines plus tôt par ses propositions de « partage de l’espace et des richesses » d’un pays « à la superficie immense, avec une organisation étrange des richesses frontalières ». La région du Kivu, et ses immenses richesses minières, paraît en effet au centre de l’arrangement diplomatique voulu par la France et le Rwanda. Aucun autre pays n’avait toutefois suivi le ballon d'essai français. Les américains défendaient déjà pour leur part la mise en place d’un marché commun entre la RDC et ses voisins, permettant aux pays frontaliers de continuer à exploiter le sous-sol congolais, mais de manière légale (plan Cohen). A Kinshasa, Sarkozy s’est donc livré à un exercice de rétro-pédalage : aucun autre pays que la France n’avait défendu « la souveraineté inaliénable du Congo (…) avec autant d’ardeur », affirmait-il. Le président français a néanmoins prôné des relations avec les voisins de l’Est établies « sur des bases radicalement nouvelles » pour « pour structurer des filières agricoles, commerciales, industrielles ». En clair, l’économie de guerre, dont profite certaines entreprises comme Bolloré, n’est plus suffisante pour l’approvisionnement en minerais des multinationales occidentales et l’on souhaite sécuriser suffisamment la région pour permettre des investissements lourds.
Le président-VRP est par ailleurs reparti avec son filet à provision bien garni : implantation prévue pour France télécom, réhabilitation de la piste de l’aéroport de Kinshasa pour Vinci, réhabilitation des turbines de la centrale d’Inga II pour Alstom, et quelques cadeaux pour Suez, Véolia ou Lafarge. Mais le jack pot, c’est la signature par Areva d’un « mémo d’intention » qui prévoit la mainmise exclusive de la multinationale française sur la prospection et l’exploitation de l’uranium dans la totalité du pays. Cette signature a été rendue possible par l’activité diplomatique parallèle de certaines personnalités, notamment le député UMP des Hauts-de-Seine (ex-fief de Pasqua) Patrick Balkany, l’omnipotent industriel belge (mais consul de France à Lubumbashi) Georges Forrest, et Fabien Singaye, ancien agent du régime Habyarimana, proche de Paul Barril, et reconverti comme « conseiller spécial » du dictateur centrafricain Bozizé, chez lequel il avait déjà joué les entremetteurs pour Areva. Un concentré de Françafrique !
Sarkozy s’est ensuite rendu à Brazzaville, pour remercier son grand ami Denis Sassou Nguesso d’avoir attribué la gestion du port de Pointe-Noire à Bolloré. Histoire de ne pas venir les mains vides au mariage, l’Agence Française de Développement (AFD) a annoncé une dot de 29 millions d’euros sous la forme d’un prêt de 15 ans pour participer à la réhabilitation dudit port. Il s’agissait aussi pour Sarkzoy d’apporter sa bénédiction à la prochaine mascarade électorale. « La France n’a pas de candidat », a juré Sarkozy, qui, pour prouver sa bonne fois, a accepté de rencontrer certaines personnalités de l’opposition. Mais la diplomatie française a « oublié » de parler au président congolais des incendies à répétition qui frappent ces derniers temps opposants et journalistes trop curieux. Sarkozy a aussi plaidé pour la tenue d’élections « régulières et transparentes » : une plaisanterie de mauvais goût en l’absence de commission électorale indépendante et pluraliste. Il a même déclaré sans rire devant le boucher de Brazzaville que la démocratie et les droits de l’Homme faisaient partie de leur « héritage commun ».
Dernière étape : Niamey, où Sarkozy a vanté une autre « démocratie vivante ». Il est vrai que Mamadou Tandja, qui aurait « redonné à la démocratie ses lettres de noblesse » n’entend pas, à la différence de ses homologues françafricains, modifier la Constitution pour s’octroyer un troisième mandat. Il souhaite juste répondre à l’aspiration « du peuple et de l’Assemblée nationale » qui ont spontanément demandé une prolongation de son mandat de 3 ans (pour commencer ?) « pour des raisons de stabilité et pour compléter ce qu’il a démarré »... Ici aussi la visite présidentielle française était une contrepartie des douceurs consenties aux intérêts économiques français. Areva avait en effet récemment récupéré l’exploitation de la réserve géante d’uranium d’Imuraren dans le Nord du pays. Un enjeu stratégique à l’heure où cette multinationale (à capitaux encore partiellement publics) est engagée dans une course folle pour fourguer toujours plus de centrales... et leur combustible. Dans le même temps, en France, d’autres sons de cloche se faisaient heureusement entendre, qu’il s’agisse de la plate-forme citoyenne France-Afrique, qui dénonçait une « françafrique décomplexée », ou du réseau Sortir du nucléaire qui tenait une conférence de presse pour dénoncer les ravages sociaux et environnementaux causés par Areva au Niger. Notre camarade Olivier Besancenot y a rappelé la politique coloniale de pillage des richesses de l’Etat français, et notre revendication de « réparation aux peuples autochtones, à l’environnement et au pays ».
Areva au Niger : Il n'y a pas que l'uranium qui s'enrichit
Un collectif comprenant la Ligue des droits de l’Homme, le NPA (Nouveau Parti anticapitaliste) le groupe ATTAC, les Verts, ainsi que l’association Sortir du Nucléaire a organisé une réunion publique, jeudi 9 avril au Moulin, pour contester la convention passée entre le groupe français AREVA et le gouvernement nigérien. Le Niger est, en effet, l’un des principaux pays dont le sous-sol contient des milliers de tonnes d’uranium. Implantée là-bas depuis quarante ans, la COGEMA devenue AREVA, présidée par Anne Lauvergeon, veut passer sa production de 6 000 à 12 000 tonnes d’ici à 2012. Cela entraîne des opérations de prospection, d’exploitation, des activités de transport par le port de Cotonou, de l’enrichissements au Tricastin et la distribution de combustible nucléaire aux différentes centrales nucléaires françaises. AREVA ne s’arrête pas là puisque le groupe assure également le retraitement des déchets…lesquels servent à alimenter l’industrie d’armement sans oublier l’enfouissement pour les siècles des siècles comme dirait Benoit XVI.
L’objectif du collectif était simple : démontrer qu’Areva (l’Etat français est majoritaire dans le capital) exploite dans tous les sens du terme le pays, sa population, ses richesses…Nicolas Sarkozy a même promis la construction d’une centrale nucléaire au Niger, un pays souffrant de détresse hydrique chronique dont les nappes aquifères fossiles s’épuisent à grande vitesse. Comme l’a bien dit Sonia Salès, « certains assurent qu’il y a de l’eau pour cent ans ! ». Qu’est-ce que cent ans quand il a fallu des dizaines de milliers d’années pour former ces nappes vitales pour l’homme, l’élevage, les cultures vivrières.
Les zones géographiques affectées à l’extraction du minerai sont situées au nord du Niger, une région bien connue des Lovériens jumelés avec Timia. Ces rapports privilégiés et affectifs avec ce village nigérien sont actuellement mis à mal par la rebellion touareg (le Mouvement Nigérien pour la Justice : MNJ) qui empêche toute liaison entre Agadez et Timia. Au cours de la soirée, ont été évoqués : les néocolonialismes européen, chinois, américain, l’instabilité économique et démocratique de ce pays africain classé parmi les derniers pour son indice de développement humain. Jean-Claude Mary, de sortir du nucléaire, a très bien situé le débat entre modernisme à l’occidental et progrès à l’africaine : « doit-on imposer nos schémas culturels, économiques, technologiques à des pays qui n’avancent pas au même rythme que nous ou en tout cas pas forcément dans la même direction ? »
Pierre Vandevoorde (NPA) Rémi Sergé (ATTAC) et le représentant local de la Ligue des droits de l’Homme ont, tour à tour, exposé les dangers de cette renaissance de la Françafrique qui, de fait, depuis les réseaux Foccart, n’a jamais vraiment changé. Jérôme Bourlet a, pour les Verts, rappelé les oppositions fondamentales avec le tout nucléaire français, pari financier et technologique des années soixante. Les nouvelles centrales EPR vont coûter très cher et il est même question de prolonger la durée des vies des centrales actuelles. L’association des autorités de sûreté nucléaire sera peut-être d’un autre avis.
5 mai 2009
Areva au Niger : Imouraren, un désastre annoncé !

Communiqué du 4 mai 2009
Ce 4 mai 2009, Areva et les autorités nigériennes inaugurent le projet d'exploitation uranifère d’Imouraren, qui sera la mine d’uranium la plus importante d’Afrique et la deuxième au monde. Anne Lauvergeon, présidente du groupe français, Mamadou Tandja, président nigérien et l'ambassadeur de France au Niger, font le déplacement.
Cette inauguration a lieu un mois après la venue du président Nicolas Sarkozy à Niamey, le 27 mars, pour consacrer l'accord entre le gouvernement nigérien et Areva signé en janvier 2009 et quelques semaine après l'acceptation de pourparlers par le gouvernement nigérien avec la rébellion sévissant au Nord Niger depuis février 2007. En somme, les gouvernements français et nigérien semblent avoir oeuvré pour démarrer rapidement l'activité de la mine.
Le Collectif Areva ne fera pas la loi au Niger s'inquiète quant aux conditions de mise en œuvre de ce projet, au niveau écologique, économique et social. En effet, Areva (ex-Cogema) exploite l'uranium au Niger depuis 1968, exploitation qui ne contribue ni au développement du pays ni à l'amélioration du niveau de vie des Nigériens et qui a des conséquences sanitaires et sociales désastreuses pour la population locale (à majorité touareg) et pour l'environnement.
La relation bien particulière de la France avec le Niger avait permis par le passé un accès exclusif à l'uranium à un prix ridicule, grâce à un accord signé en 1961. Le contrat d'Imouraren reste dans la même lignée : le gouvernement nigérien n'a que 33% des parts de la société d'exploitation tandis que le prix d'achat de l'uranium reste bien en deçà des cours du marché international.
Quant aux conséquences au niveau local, les mesures de la Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) de 2004 et 2005 montrent que les eaux distribuées dans la ville minière d’Arlit où opère Areva ne sont pas aux normes de potabilité, avec un taux de contamination dépassant de 7 à 110 fois les recommandations de l'OMS. Selon la CRIIRAD encore, d'énormes masses de déchets radioactifs, les « stériles », sont stockées à l'air libre notamment à l’entrée de l’hôpital d’Arlit, de même que des boues radioactives. En outre, la surconsommation d’eau nécessaire aux mines contribue à l’épuisement accéléré des ressources fossiles dans une région qui en manque cruellement.
Alors que la société civile nigérienne (notamment l'association Aghir In Man, le réseau ROTAB, …) a alarmé Areva et les responsables politiques nigériens sur la question, rien n'a été fait pour revoir la gestion de ces sites uranifères faite au mépris de la population. Il y a fort à craindre qu'Areva s'apprête à reproduire les même conditions d’exploitation à Imouraren, une mine à ciel ouvert beaucoup plus étendue, située à proximité de zones habités et de zones de pâturages primordiales pour les populations locales. Les résultats de l'étude d'impact réalisée par Areva sont quasi confidentiels et aucune contre-expertise scientifique indépendante garantissant la fiabilité des données n'existe, ce qu'ont pourtant exigé la société civile et des responsables locaux.
Les enjeux liés à l'eau, à l'accès à la terre et aux conséquences sociales sont loin des considérations du gouvernement français : « l’implantation des entreprises françaises en Afrique est l’une de mes priorités » expliquait le secrétaire d’Etat à la Coopération Alain Joyandet (lejdd.fr, 20 mai 2008). De même, les décisions liées au nucléaire sont discrétionnaires et émanent directement de l'Élysée. Ainsi, l'exploitation de l'uranium au Niger se trouve dans une double opacité.
Pour obtenir le contrat d'Imouraren au Niger, Paris a évité d'évoquer les questions qui fâchent relatives aux exactions de l'armée nigérienne au Nord Niger confirmées par l'ONU ou de revenir sur l'éventuelle prolongation du mandat du président nigérien, qui serait anticonstitutionnelle, alors que les élections présidentielles sont prévues en décembre 2009.
Le Collectif Areva ne fera pas la loi au Niger demande, pour le site d’Imouraren, qu’Areva et le gouvernement nigérien assurent :
- un moratoire sur la mise en exploitation de la mine tant qu'une étude d'impact indépendante n'aura pas été faite et n'aura pas rendu ses conclusions
- la reconnaissance et la réparation par Areva des dommages sociaux et environnementaux que ses exploitations ont commis au Niger
- la mise en oeuvre de l'ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) dès mars 2010 comme annoncé par le gouvernement nigérien pour que la population bénéficie effectivement de l'exploitation des ressources naturelles
- que tous les travailleurs de la mine ET les populations vivant à proximité de l'exploitation bénéficient d'un examen médical complet, d'une évaluation rétrospective des doses subies et de l'inscription dans un programme de suivi sanitaire à long terme réalisé par des organismes médicaux compétents et indépendants,
- que des taxes parafiscales, comme il en existe en France, soient prélevées et confiées à un organisme de gestion spécialisé et indépendant pour la remise en état des sites après extraction et pour une gestion saine, équitable et concertée des ressources en eau.
Contacts presse
Tchinaghen : Anne Roussel – roussel_annesimone@yahoo.fr - 06 62 56 96 13
Samira Clady – clady.samira@neuf.fr - 06 85 05 07 74
Survie : Stéphanie Dubois de Prisque - stephanie.duboisdeprisque@survie.org - 01 44 61 03 25
23 octobre 2008
"Nord-Niger & Nord-Ouest Argentine: Les populations autochtones menacées"

"Nord-Niger & Nord-Ouest Argentine: Les populations autochtones menacées"
Journée de mobilisation et d’information Samedi 25 octobre 2008
A l’invitation de Monsieur Jacques Boutault, Maire du 2e arrondissement
Espace Jean Dame - 17, rue Léopold Bellan, 75002 Paris
Accès : métro Sentier ou les Halles - Entrée : participation libre - Contact : arevaneferapaslaloi@gmail.com
de Blas Moreau - Traditions musicales et festives de la Quebrada (Argentine)
- 14h30 : "Mondialisation à sens unique ou Contre-modèles de développement"
avec Ramiro Llanque (nations indiennes), Ahmed Akoli (Touareg du Niger), Jean-Claude Besson-Girard (théoricien de la décroissance). Débat animé par Angélique Del Rey (collectif Malgré tout)
- 15h45 : "L’extraction de l’uranium : destruction d’un équilibre précieux", avec Michel Dannequin (CRIIRAD). Débat animé par Anne Roussel (collectif Tchinaghen)
- 16h15 : "Modes de lutte et d’action", Miguel Benasayag et Fausta Quattrini (Argentine), Issouf ag Maha (Niger). Débat animé par Samira Clady (collectif Tchinaghen)
- 18h00 : "Verre solidaire" offert par la mairie du IIe; présentation de l'exposition Areva ne fera pas la loi au Niger
- 19h : "Réalités différentes - lutte commune", Noël Mamère et Miguel Benasayag
- 19h30 : Concerts, Musique d'amérique latine, Musique touareg "Ishumar" avec Rissa ag Wanaghli et Moussa Bilalan (du groupe Désert Rebel) - Sidi (du groupe Twitine) -
Oumara Almoctar (du groupe Tidawt) !
13 août 2008
Une région pillée, un peuple menacé
1 juin 2008
Rassemblement devant le siège d'Aréva sur l'exploitation au Niger (AFP)
Une vingtaine de membres du collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger » se sont rassemblés mardi devant le siège du groupe français pour protester contre les conditions d’exploitation de l’uranium nigérien, a constaté l’AFP. Certains manifestants étaient vêtus de combinaisons anti-irradiation, d’autres figuraient des journalistes baillonnés. Un touareg représentait les populations du nord du Niger, victimes des violences entre l’armée et la rébellion et de l’exploitation minière, selon les manifestants.
Le collectif dénonçait notamment la tenue vendredi à Agadez, au nord du Niger, d’une « audience publique » d’Areva sur l’étude d’impact concernant son nouveau projet minier à Imouraren. Or, suite au déclenchement d’une rébellion armée en 2007, l’état d’exception est décrété sur la région, les ONG sont interdites et la presse muselée, fait valoir le collectif, qui n’a pu accéder ni à la réunion, ni à l’étude d’impact. « Areva profite de cette situation: qui osera dans un tel contexte venir exprimer son désaccord avec le projet du géant nucléaire qui agit en toute impunité avec la bénédiction du pouvoir central nigérien? », relève le communiqué du collectif (Attac, LCR, les Verts, Sortir du nucléaire, etc). Les associations réclament notamment la dépollution des sites déjà exploités et une expertise indépendante. Le Niger est le troisième producteur mondial d’uranium mais aussi l’un des pays les plus pauvres du monde.
29 avril 2008
CAMPAGNES: « AREVA ne fera pas la loi au Niger ». Une région pilée, un peuple menacé
Communiqué du Collectif.
Pour plus d’infos, voir le site : http://areva.niger.free.fr
Depuis 40 ans, la société française AREVA, leader mondial du nucléaire civil, tire près de 40% de sa production d’uranium du Nord Niger, pays encore classé à ce jour parmi les 3 plus pauvres de la planète. En 2007, Areva perd son monopole et l’Etat nigérien reçoit des demandes de permis de sociétés nord-américaines, australiennes, asiatiques et sud-africaines. Bien qu’Azelik, future grande exploitation, ait été accordé aux Chinois via la société Sino-U (CNUC), Areva a tout de même récemment obtenu l’autorisation d’exploiter l’énorme site d’Imouraren avec lequel le Niger devrait devenir le 2ème producteur mondial. Les 40 années d’exploitation minière de Cogema/Areva, à Arlit et Akokan, ont eu pour premières conséquences :
La spoliation des terres agro-pastorales autour des deux sites, situés dans la région d’Agadez.
Des bénéfices énormes réalisés par Areva sans retombées pour les populations : un véritable partenariat « gagnant-perdant » !
La destruction de la faune et de la flore aux alentours des mines.
La contamination de l’air par des poussières et des gaz radioactifs.
La contamination radiologique des ressources en eau.
L’épuisement d’une des deux grandes nappes fossiles (Tarat), à hauteur de 2/3 de ses réserves et, à moyen terme, le tarissement irréversible de la seconde nappe, avec le dénoyage de la partie ouest de l’aquifère (grès d’Agadez) en 40 ans.
Des pollutions annexes innombrables, essentiellement dues aux activités périphériques.
La très forte demande en énergie des pays émergents a considérablement favorisé l’intérêt nouveau pour le nucléaire, énergie dite « propre », ce qui a eu pour conséquence une fulgurante ascension du prix de ce minerai. Une manne inespérée... les autorités nigériennes annoncent dès 2007 le triplement de la production pour les années à venir. 139 permis de recherche et d’exploitation ont été vendus en moins d’un an et de nombreux permis en demande seront bientôt accordés. Ces permis, qui englobent la majeure partie des territoires des populations de la région d’Agadez (plus de 85.000 km²) sont octroyés dans l’opacité et sans aucune concertation préalable. A ce jour, les autorités nigériennes se refusent toujours à tout dialogue avec les populations autochtones, et ce malgré l’émergence récente d’un nouveau mouvement de rébellion condamnant sans détours cet état de fait. Interdisant tout acte de résistance, le Niger – tacitement soutenu par l’Etat français, au travers de sa « filiale » Areva organise, une vaste campagne de discrimination avec l’objectif à peine voilé de vider la région de ses habitants, facilitant ainsi l’aboutissement de ses relations commerciales.
Les pleins pouvoirs sont ainsi donnés à l’armée nigérienne, l’état d’exception est décrété pour la région d’Agadez :
Exécutions sommaires ciblées et arrestations arbitraires
Destruction des moyens de subsistance des nomades (cheptel abattu, activités agricoles rendues impossibles, approvisionnements restreints, etc.)
Populations déplacées
ONG interdites, radios et presse muselés.
À l’heure même où la notion de développement durable, admise par tant d’Occidentaux, est plus que jamais d’actualité, il serait souhaitable que les grands groupes industriels du Nord qui sans cesse communiquent sur le bien-fondé des énergies « propres » aient la décence de reconnaître que l’énergie nucléaire n’est pas si propre que cela. Que le développement durable est à considérer dans sa globalité et non dans sa finalité. Qu’il est absolument hypocrite de nous vendre, à nous Occidentaux, une énergie prétendue sans taches, sans effets, sans conséquences, alors que loin de nous, des populations, aux conditions de vie déjà très précaires, souffrent et meurent d’un environnement vicié, d’une spoliation de leurs territoires d’attache ?
Le collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger »
Conscient de la catastrophe annoncée, le collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger » mène une campagne visant à mettre la société Areva, la France, l’Union européenne et la communauté internationale face à leurs responsabilités. Il s’agit de dénoncer les conséquences désastreuses de nos choix énergétiques ici et de soutenir ceux qui en paient le prix là-bas. Réseau de solidarité et d’action, le collectif soutient, au travers de leurs représentants réfugiés en France, les populations concernées dans leur lutte pour la reconnaissance de leurs droits, de leur dignité et de leurs libertés fondamentales. Le collectif dénonce la complicité de la communauté internationale et particulièrement de la France qui, de connivence avec le Président Tandja :
Passent sous silence la réalité et la gravité du conflit.
Cautionnent le comportement irresponsable et irrespectueux des sociétés minières.
Affament et tuent en vertu de la concurrence et du profit.
C’est tout un peuple, chassé de ses terres, privé de ses activités traditionnelles, de ses ressources en eau, qui est menacé de disparaître face aux enjeux géostratégiques et politiques mondiaux.
REVENDICATIONS
Nous appelons le gouvernement français, l’Union Européenne et les instances internationales :
à faire pression sur les autorités nigériennes afin qu’elles respectent les normes relatives aux droits de l’Homme, en particulier les droits humains non dérogeables.
Nous appelons de toute urgence le gouvernement français, le gouvernement nigérien, l’Union européenne et les instances internationales :
à reconnaître l’urgence de la crise humanitaire liée aux exploitations minières.
à mettre tout en œuvre afin de porter secours aux populations victimes du conflit (déplacés, réfugiés, détenus)
à une action immédiate en faveur d’un retour à la paix rapide et équitablement négocié.
Nous demandons instamment à toutes les parties impliquées :
L’application et le respect, sans réserve, de la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, préalable à tout projet minier.
L’application de la réglementation internationale en matière de radioprotection.
L’application de l’initiative sur la transparence des industries extractives (ITIE) à laquelle le Niger a adhéré en mars 2005.
La dépollution des sites déjà exploités et une expertise indépendante : après 40 ans d’extraction minière un moratoire de trois ans ou cinq ans renouvelable, avant tout nouveau projet minier, doit être obtenu de la part des instances internationales pour s’assurer que :
les déchets miniers (résidus et stériles) et les ferrailles contaminées ont été correctement regroupés et entreposés de façon à garantir leur confinement sur le très long terme,
le paysage a retrouvé ses formes anciennes et qu’il n’existe plus d’enfouissements discrets comme on en a retrouvé en France près de Saclay ou dans le Massif Central,
tous les travailleurs et ex-travailleurs des mines ainsi que les populations ayant vécu à proximité de l’exploitation bénéficient d’un examen médical complet, d’une évaluation rétrospective des doses subies, de l’inscription dans un programme de suivi sanitaire à long terme réalisé par des cabinets médicaux compétents et indépendants,
la qualité de la nappe phréatique est à un bon niveau écologique, physicochimique, etc.
Pour les nouveaux permis, il faut s’assurer, par des contraintes à priori, que ne se renouvelleront pas les confusions actuelles entre exploitant minier et médecine d’entreprise, et que des taxes parafiscales, comme il en existe en France, seront prélevées et confiées à une gestion spécialisée et indépendante pour la remise en état des sites après extraction et pour une gestion saine, équitable et concertée des ressources en eau.
Le collectif : %Attac, Cedetim, Collectif Tchinaghen, LCR, Les Verts, Réseau Sortir du Nucléaire, Sud Energie - Solidaires, Survie, Via Campesina.
MESSAGE DE SOUTIEN D’OLIVIER BESANCENOT ET DE LA LCR A LA CAMPAGNE « AREVA NE FERA PAS LA LOI AU NIGER »
(Lu et diffusé à l’occasion de la conférence de presse de lancement du collectif, le 25 mars 2008 à l’Assemblée nationale)
Notre organisation apporte tout son soutien à la campagne initiée par le collectif « Areva ne fera pas sa loi au Niger » contre les conséquences désastreuses de l’exploitation de l’uranium pour le Niger et ses populations, en termes humains, environnementaux, économiques et politiques.
Nous sommes tout d’abord extrêmement préoccupés par la situation humanitaire et la question des droits de l’homme au Niger actuellement. Il est urgent qu’une mobilisation plus large se développe pour que la répression féroce qui a lieu cesse sans délai, en particulier les exécutions sommaires et les nombreuses arrestations arbitraires comme l’attestent les communiqués d’Amnesty et Human Rights Watch. A cet égard, le gouvernement français, s’il souhaitait réellement rompre avec le système de la Françafrique aurait déjà dû interrompre son aide logistique au gouvernement nigérien.
Force est de constater également que le lobby du nucléaire s’accommode mal de la démocratie : tous les projets nucléaires qui ont abouti récemment l’ont été dans des pays qui bafouent autant les droits de l’homme que l’environnement : la Chine, la Lybie avec les ventes d’EPR, et maintenant ce projet minier pharaonique qui risque de transformer une précieuse région du Niger en une vaste poubelle nucléaire. Je voudrais rappeler par la même occasion d’ailleurs, qu’en France aussi, le lobby nucléaire est une menace pour la démocratie comme en témoignent les pressions scandaleuses exercées sur le porte parole du Réseau Sortir du nucléaire qui est aujourd’hui même convoqué dans les locaux de la DST, et qui risque 5 ans de prison, pour avoir été en possession d’un document qui démontre la vulnérabilité du réacteur EPR. Nous tenons ici à lui exprimer tout notre soutien.
L’entreprise Areva exploite depuis quarante ans l’uranium au Niger dans des conditions qui portent gravement atteinte aux droits environnementaux, sanitaires, économiques et sociaux des populations. Au vu des témoignages et enquêtes, menées souvent très difficilement depuis plusieurs années sur la question, il nous semble totalement inconcevable qu’Areva commence un quelconque nouveau projet avant d’avoir réparé les immenses dégâts qu’elle a crées, notamment dans la région d’Arlit. Il s’agit également d’arrêter immédiatement le véritable pillage des richesses du Niger, orchestré par les accords néocoloniaux passés par ce dernier avec la France, dans la plus pure tradition « françafricaine », et qui fait bénéficier à Areva de tarifs plus qu’avantageux. Dans un pays qui connaît une situation de grande pauvreté, et où, selon les estimations du PNUD, 63 % de la population vivent en deçà du seuil de pauvreté, la moindre des choses serait de payer l’uranium à un prix juste, correspondant au prix cours mondial.
Enfin, il nous parait important de souligner, en réponse à Areva qui prétend apporter le « progrès » au Niger, qu’un autre développement est possible. Les 3 milliards d’euros qu’Areva compte investir pour éventrer le Niger et souiller ses nappes phréatiques pourraient, par exemple, servir à lancer une véritable industrie de production de panneaux solaires qui permettrait de concilier développement économique, environnement et accès à l’énergie.
La LCR engagera toute son énergie dans le collectif « Areva ne fera pas sa loi au Niger » pour que le peuple nigérien, et notamment les Touaregs du nord Niger, ait un autre avenir que l’horizon radioactif qu’Areva continue à lui préparer.
12 mars 2008
CAMPAGNES: « AREVA ne fera pas la loi au Niger »
Communiqué de presse. Paris, 11 mars 2008
« Une véritable catastrophe sociale et environnementale s’annonce pour les autochtones de la région d’Agadez, où les territoires sont sacrifiés sur l’autel du profit et au mépris des droits humains les plus fondamentaux. L’exploitation de l’uranium au Niger est synonyme de pollutions multiples, d’expulsion des populations de leurs territoires ancestraux, d’épuisement extraordinairement rapide et irréversible des nappes d’eau...Mi-janvier, Anne Lauvergeon [patronne d’AREVA] est rentrée du Niger se targuant de la « signature d’un accord de partenariat gagnant-gagnant et solidaire »: mais qu’en sera-t-il réellement alors qu’aucune étude d’impact sérieuse n’a été réalisée, ni même envisagée ? Alors que les permis de recherches et d’exploitations minières ont été octroyés dans l’opacité et sans concertation avec les populations locales ? A l’heure où la voie du dialogue semble s’ouvrir aux rebelles du MNJ, où une journée de soutien au journaliste Moussa Kaka est organisée et largement médiatisée en France, les problèmes de fond qui sous-tendent les fortes tensions que subit le Nord Niger doivent être mis en lumière et dénoncés, en France notamment, car la France est non seulement responsable mais aussi coupable au travers de sa multinationale Areva. »
A l’occasion du lancement d’une campagne contre le pillage de l’uranium au détriment de droits sociaux, politiques, économiques et écologiques des populations du Nord et de l’ensemble du Niger, le collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger », regroupant plusieurs organisations (dont le collectif Tchinagen, Survie, Attac, Les Verts et la LCR) organise une conférence de presse le 25 mars 2008 à l’Assemblée Nationale. Parmi les intervenant-e-s, sont prévu-e-s : Issouf ag Maha et Rhissa Feltou, en tant qu’élus des communes de Tchirozérine et d’Agadez ; Alain Joseph, hydrogéologue, spécialiste de la region d’Agadez ; Jean-Yves Barrère, co-fondateur du CEDETIM, Plate-forme citoyenne France-Afrique. Et avec la participation et le soutien d’Olivier Besancenot, Patrick Farbiaz et Noël Mamère.
Pour en savoir plus : http://www.tchinaghen.org/
Plusieurs initiatives devraient être lancées dans les prochains mois dans le cadre de cette campagne. Le bulletin Afriques en lutte consacrera un dossier spécial à cette campagne dans son prochain numéro du mois d’avril, et participera activement à la mobilisation.
15 décembre 2006
NIGER : le gouvernement aboie, la caravane passe
Les difficultés rencontrées lors de l’organisation de la deuxième édition du Forum social nigérien s’expliquent par la situation de crise sociale et politique que connaît le pays depuis 2005. La crise sociale s’est ouverte au printemps 2005 avec la tentative d’instaurer une TVA à 19 % sur les produits de base : farine, sucre, lait, faibles consommations d’eau et d’électricité. La réaction populaire fut immédiate : 100 000 personnes dans les rues de Niamey le 15 mars 2005, deux journées villes mortes réussies et cette mesure présentée par le porte parole du gouvernement Ben Omar comme incontournable était retirée. La coalition équité/égalité contre la vie chère regroupait toutes les couches de la population : organisations syndicales, divisées mais puissantes, organisations de consommateurs. Les commerçants des marchés, les chauffeurs de taxis, les petits marchands des rues, etc., tout le monde participait à la mobilisation. Pour éviter une crise politique, le gouvernement fut contraint de reculer et de créer une taxe foncière en compensation partielle du manque à gagner, taxe que les propriétaires fonciers, politiciens, gros commerçants se sont empressés de répercuter sur le prix des loyers.
La perte de crédibilité du pouvoir s’est accrue à la fin de l’année 2005 à cause de la gestion calamiteuse de la disette. Incapable de faire face à l’invasion acridienne, le pouvoir a géré de manière catastrophique l’aide alimentaire. Le problème n’était effectivement pas tant le manque de mil ou de riz que le prix de ces aliments. Les réserves des commerçants étaient pleines mais ceux-ci jouaient la hausse, voire vendaient au Nigeria voisin où le pouvoir d’achat est plus important. L’année 2006 n’a fait qu’aggraver la crise. L’augmentation du prix de l’énergie a touché de plein fouet la population. Le litre d’essence a atteint 660 francs CFA (un euro environ !), quand le salaire moyen, chose rare au Niger où l’informel représente 70 % de l’activité est de 75 euros. La coalition relança la mobilisation et d’importantes manifestations eurent lieu en septembre. Refusant la crise, la coalition chercha le compromis avec le gouvernement. Le prix de l’essence baissa au 1er novembre à 580 francs CFA. La crédibilité du gouvernement en subit les conséquences, avec en plus les jeux internes pour la succession du président.
L’organisation du Forum social, suivi de la deuxième caravane des alternatives sociales faisait donc craindre au pouvoir une mobilisation qui remette en cause sa politique. Les organisations membres du Forum, la Confédération démocratique des travailleurs du Niger (CDTN), principale confédération syndicale, la plate-forme paysanne, les radios communautaires, l’union des étudiants, des scolaires, les organisations féminines et féministes, le réseau national dette et développement (RNDD), etc., possèdent la légitimité des combats des deux dernières années. Le gouvernement commença donc par interdire le Forum, l’argument essentiel avancé étant le risque que ce forum soit le lieu d’un procès des autorités fait par des étrangers. Puis un compromis fut trouvé, le forum fut reporté, empêchant ainsi la participation des délégués de l’intérieur du pays. La manifestation inaugurale et le concert d’ouverture furent à leur tour interdits, de peur de voir cette marche se transformer en dénonciation des politiques sociales du gouvernement. Malgré cela, et en partie à cause de la publicité faite par ces interdictions, le forum fut une réussite. Plus de mille personnes participèrent aux trois jours de débats : syndicalistes, étudiants, retraités, paysans, femmes, « déguerpis » des quartiers populaires… Partout revenait un thème central, le lien entre la corruption du régime et les politiques libérales menées, la nécessité de construire des alternatives sociales. Le porte-parole du gouvernement avait dénoncé ce forum comme porteur de ‘politiques sociales, au service des pauvres’ (sic !) alors que les élections avaient maintenu au pouvoir un gouvernement ‘libéral’ !!
Afriques en Lutte, Décembre 06
10 novembre 2006
Halte à l’arbitraire au Niger.
1 décembre 2005
MALI & NIGER :la mondialisatio néolibérale contre les pauvres
par Jean Nanga
L’une des caractéristiques de l’année qui s’achève est qu’elle a été riche de promesses concernant l’avenir de l’Afrique. Les grandes institutions des métropoles capitalistes ont presque rivalisé d’intentions généreuses à son égard, de la Commission pour l’Afrique de Tony Blair à la Société du Compte du Millénaire de G.W. Bush, de la Banque Mondiale sous la direction de Paul Wolfovitz au G8 réuni à Gleneagles, des Objectifs du Millénaire pour le Développement onusiens à l’engagement japonais lors du Sommet sur les Affaires Asie-Afrique (avril 2005, Djakarta). La manifestation la plus médiatisée de cette générosité a été l’annonce de l’effacement de 40 milliards de dollars de dette multilatérale, de 18 pays parmi les plus pauvres, presque tous africains. Niger, pays le plus pauvre Pendant le premier semestre 2005, trois millions de personnes de tous âges ont été exposées à la famine et abandonnées à leur sort au Niger. Des centaines de victimes - surtout parmi les enfants qui mourraient au rythme d’une dizaine par jour - de la sécheresse et de l’invasion des criquets ayant détruit les champs. Situation que le gouvernement de ce pays sahélien n’a pu contrecarrer par quelque dispositif préventif, hésitant même d’en accepter la réalité. Quant à la « communauté internationale », elle a attendu des mois et des morts, avant de se mobiliser, malgré l’alarme lancée par des associations locales et par maints observateurs [1]. Humanisme néolibéral Les victimes de cette famine ne correspondaient pas, sans doute, au profil du pauvre dessiné par le FMI et la Banque Mondiale. Ainsi, a-t-il fallu attendre la mise en spectacle médiatique du drame pour que soit, en partie, entendue la revendication de la distribution gratuite des vivres aux affamés. Une revendication de bon sens qui semblait une énormité pour le gouvernement et ses partenaires de la « communauté internationale » (États-Unis Union européenne...), car leurs options c’était la vente des vivres à prix « modérés » aux affamés ou l’échange des vivres contre du travail. Privatisations au Mali Le Mali a été moins affecté par l’invasion acridienne et la faible pluviométrie dans la région. Toutefois, il partage avec le Niger presque les mêmes Indicateurs du développement humain, qui font de lui le 174ème pays sur 177 [16]. Ce qui s’explique aussi par le statut commun de pays pauvre très endetté [17] respectant aussi scrupuleusement l’échéancier, autrement dit sans arriérés de paiement. Ainsi, la mauvaise fiche sociale est aussi la conséquence de la politique de l’État malien pendant la phase néocoloniale précédente, l’ayant placé sous la coupe du FMI et de la Banque Mondiale. Une décennie de « démocratie » n’a nullement amélioré la situation sociale héritée de la période dite non-démocratique. Bien au contraire. La succession des gouvernements élus c’est aussi la continuité de l’État en matière d’Ajustement structurel néolibéral, malgré la différence des rythmes en ce qui concerne aussi bien la privatisation que la libéralisation des marchés et autres préceptes néolibéraux de la Banque Mondiale et du FMI. L’actuelle équipe gouvernante, dirigée par le général Amadou Toumani Touré, semble plus déterminée que la précédente à satisfaire les institutions gestionnaires de la néolibéralisation, malgré des conséquences sociales dramatiques. Ce au profit des investisseurs dits stratégiques qui prennent le contrôle des secteurs les plus rentables de l’économie dite malienne. Contre-réforme agraire D’autres secteurs importants de l’économie malienne sont victimes de cette restructuration néolibérale, avec des graves conséquences sur la vie des populations paysannes. C’est le cas de l’Office du Niger [20], productrice de riz depuis la période coloniale, nationalisée après « l’indépendance », soumise à une privatisation rampante depuis 1984, sous l’égide de la Banque Mondiale, avec à la clef la libéralisation de la commercialisation du paddy dès 1985, et une compression des effectifs de 70 %. Législation du travail en danger En effet, en échange de l’allégement de la dette, comprenant l’effacement surmédiatisé de la dette multilatérale, le Mali est tenu, comme le Niger, d’améliorer les conditions de réalisation du profit. Comme l’a dit le porte-parole du gouvernement malien, Ousmane Thiam, lors de sa visite à Paris, en septembre 2005, le Mali prépare « une simplification des procédures et des formalités liées à la création d’entreprises... le “retoilettage” du Code des investissements, qui est non seulement plus attractif, mais qui met l’entrepreneur étranger sur le même pied d’égalité que le malien » [24]. Il s’agit non seulement de confronter le petit entrepreneur malien aux multinationales, mais aussi de réduire a minima la protection sociale des travailleurs. C’est ce qui est quasi-explicitement suggéré par le gouvernement des États-Unis, en disant que « les lois du travail sont restrictives au Mali et la difficulté de l’embauche et du licenciement sont des obstacles supplémentaires » [25]. Le but est une généralisation de ce qui s’est produit à la RCFM contre les travailleurs organisés pour la défense de leurs droits. La criminalisation de la défense des droits des travailleurs est un principe du néolibéralisme éprouvé aussi par les syndicalistes de la Société malienne d’exploitation (Somadex). Dans cette entreprise d’exploitation de l’or à Morila, appartenant à Bouygues, les travailleurs revendiquent principalement le payement de la prime de rendement indexée sur le taux de dépassement de la production [26]. Car, par frénésie accumulatrice, la Somadex a produit, en trois ans, 83 tonnes d’or au lieu des 33 tonnes prévues par la convention d’exploitation [27]. Ce qui signifie aussi une exploitation intensive de la force de travail. Les travailleurs revendiquent l’établissement de vrais contrat de travail, à la place des contrats de travail falsifiés, avec la complicité des nationaux, et qui ont causé le licenciement de trois cents travailleurs, sans paiement de leurs droits et indemnités. Des abus que les travailleurs n’ont pas admis, jusqu’à déclencher en juillet 2005 une grève face au refus de la direction de l’entreprise d’entendre leur demande de respect des droits [28]. La réponse de la direction, avec la complicité de certaines autorités locales, a été la répression. Pour légitimer celle-ci aux yeux de l’opinion, divers actes de violence commis dans le village ont été attribués aux travailleurs en grève. Ainsi, une trentaine de travailleurs ont été emprisonnés par la gendarmerie. Une vingtaine ont été par la suite relâchés, au moment où était arrêté (en octobre 2005), le secrétaire administratif du comité syndical, Karim Guindo. Pour échapper à cette répression, les autres dirigeants syndicaux, dont le secrétaire général, Amadou Nioutama, sont contraints à la clandestinité [29]. Leur principal délit est d’avoir voulu perturber l’accumulation du surprofit néocolonial par cette entreprise se comportant comme en territoire conquis. Ce qui pouvait par ailleurs servir de mauvais exemple aux travailleurs des autres entreprises exploitant l’or au Mali qui ne sont pas plus soucieuses des droits des travailleurs et de l’environnement [30]. Concurrence inter-impérialiste C’est aussi une opération maladroite du gouvernement malien, organisateur du XXIIIème Sommet Afrique-France. Surtout en une période caractérisée par la poussée états-unienne sur le continent dans le secteur pétrolier en particulier et bien d’autres, dans le cadre de l’AGOA [31]. Le 4ème Forum Afrique-États-Unis (juillet 2005 à Dakar ) a été, entre autres, une phase de l’avancée des États-Unis sur le continent. Le Secrétaire américain à l’Agriculture, Mike Johanns, y a même prêché la communauté d’intérêts qui existerait entre les États-Unis d’Amérique et l’Afrique subsaharienne à l’OMC, contre l’Europe : « nous devrions serrer nos rangs pour dire aux Européens et aux autres qu’il est temps d’ouvrir leurs marchés à nos produits ». La promotion des OGM aussi s’inscrit dans le cadre de cette cause commune contre l’Europe, aussi peu soucieuse que les États-Unis du sort des pauvres et affamés d’Afrique subsaharienne [32]. Des délégations africaines du pré carré français y ont été sensibles. Déjà dans son discours d’ouverture, le chef de l’État sénégalais, l’économiste libéral Abdoulaye Wade, avait affirmé avec assurance : « L’AGOA symbolise une nouvelle vision des relations internationales (...) le chemin qui conduit l’Afrique vers la mondialisation » [33]. Résistances La reproduction de la pauvreté n’est pas une fatalité. L’année qui s’achève a été aussi une année de résistance à l’ordre qu’imposent aux peuples les maîtres de la mondialisation néolibérale et leurs relais locaux. Dans l’indifférence générale de l’opinion publique internationale, certaines organisations de la société civile nigérienne se sont alliées pour mobiliser, malgré les intimidations et la répression, contre la vie chère symbolisée par l’instauration d’une TVA de 19 % sur les denrées de première nécessité. Une mesure antisociale inscrite dans le cadre de l’intégration régionale de l’Afrique de l’Ouest. Si l’actuel président en exercice de l’Union Africaine, le chef de l’État nigérien, le Général Olosegun Obasanjo, n’a pas la cynique franchise de son collègue sénégalais Abdoulaye Wade exprimant son adhésion aux valeurs du capital états-unien [36], il n’en est pas moins un partisan. Ce qu’il ne cesse de prouver non seulement en confiant le département de l’Économie et des Finances à une technocrate de la Banque Mondiale, mais aussi en persévérant dans le projet de hausse du prix de l’essence et du pétrole lampant. Ce, malgré le succès à répétition des appels à la mobilisation, lancés par certaines centrales syndicales alliées au mouvement démocratique [37], contre cette mesure résultant d’une aliénation des ressources pétrolières au profit des multinationales et de quelques capitaux privés nigérians et qui ne ferait qu’aggraver la pauvreté de la majorité de la population nigériane. Quant à Thabo Mbeki, sa réélection en 2004 n’a pas empêché la contestation populaire de sa politique sociale, y compris par la centrale syndicale Cosatu, allié de l’ANC. Contre les revendications sociales dans les townships il a même envisagé d’envoyer la police. Ce qui n’aurait pas manqué de rappeler un passé récent. Ainsi, derrière son discours nationaliste sur la « Renaissance Africaine » se révèle plutôt un projet d’intégration d’une partie de l’élite noire dans les circuits du capital néolibéral [38]. Jean Nanga est le correspondant d’Inprecor pour l’Afrique subsaharienne.
Cependant toute cette générosité semble être sans effet sur la réalité. L’Afrique subsaharienne demeure soumise aux mécanismes ravageurs de la mondialisation néolibérale, que nous présentons à partir des cas du Niger et du Mali, deux pays des plus pauvres de la planète, selon le Programme des Nations Unies pour le Développement, dont les peuples ne font pas preuve de résignation.
L’invasion des criquets et la sécheresse de l’année n’ont fait qu’aggraver une situation déjà déplorable due aux politiques économico-sociales exécutées par les différents régimes néocoloniaux qui se sont succédés depuis l’indépendance. Le passage du néocolonialisme classique des trois premières décennies à la néolibéralisation présentée comme solution n’a nullement produit l’effet promis [2]. Bien au contraire, malgré sa mise sous tutelle des institutions de Bretton Woods, sous forme de Programme d’ajustement structurel, depuis 1981, le Niger est ainsi, de nos jours, le pays le plus pauvre de la planète, selon les Indicateurs du développement humain (IDH) du PNUD : 63 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté , environ 83 % sont analphabètes, la mortalité infantile atteint 121,69 ‰... Le fardeau de la dette publique extérieure, dont l’encours en 2005 s’élève à 832,1 milliards de Francs CFA (1,27 milliard d’euros), soit 66,3 % du PIB nominal est l’une des raisons de l’incapacité de l’État nigérien d’éviter ou de parer à cette catastrophe sociale. S’il était objectivement impossible d’agir sur la pluviométrie, au moins la lutte contre l’invasion des acridiens aurait été menée avec quelque efficacité, si l’État nigérien n’avait pour priorité le respect de l’échéancier du service de la dette publique extérieure, qui représentait 22,4 % des recettes budgétaires en 2004. Embarqué dans l’Initiative pays pauvre très endetté (PPTE), censée réduire le fardeau de la dette, l’État nigérien ne connaît, ces dernières années (à l’exception de l’an 2001), aucun arriéré de paiement du service de la dette. Ceci au détriment des secteurs sociaux, comme la santé et l’éducation dans lesquels l’économie des coûts a, par exemple, conduit au recrutement massif des “volontaires” sans formation et faiblement rémunérés, en remplacement d’une grande partie du personnel formé, qualifié [3]. Même pour répondre à l’urgence sociale d’éviter ou réduire l’impact de la crise alimentaire, il ne pouvait y avoir dérogation à l’exigence du « renforcement de la gestion publique pour aider à bien cibler et hiérarchiser les dépenses » [4] du programme de facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance, dont l’État nigérien est « bénéficiaire ».
Les familles qui avaient encore quelques têtes de bétail, décharnées, les vendaient à des prix on ne peut plus dérisoires. D’autres arrivaient à s’endetter, à défaut d’avoir la force de travailler. « Trade, not aid » [5], tel est le principe de la politique de « coopération » du gouvernement des États-Unis sur lequel veillait USAID, soutenu par l’Union Européenne et le Programme alimentaire mondial. Ce drame a été l’occasion de consolider les rapports marchands dans la société et l’individualisme qui les accompagne, amplifiés à l’époque néolibérale.
Il va de soi que cet humanisme néolibéral et spectaculaire ne pouvait que réduire l’ampleur du désastre, non lui apporter une solution radicale. Le projet de la « communauté internationale » tant répété est la « réduction de la pauvreté » à long terme, non pas son éradication, pourtant objectivement possible. Ainsi la crise alimentaire perdure : « Les prix sont toujours très élevés sur les marchés, ce qui empêche de nombreuses familles d’acheter la nourriture, à cause de la décapitalisation subie pendant la crise : pour rembourser les dettes contractées, les familles empiètent sur la récolte d’octobre, alors que seulement 2/3 de la terre ont pu être cultivés par manque de semences et de main- d’œuvre, ce qui accroît leur vulnérabilité et le risque de malnutrition. Les effets de la crise vont se prolonger pendant l’année 2006 » [6]. Dans certaines régions, la situation des enfants s’est même aggravée. La « communauté internationale » manque de volonté pour réunir les 80 millions de dollars qu’exige la situation : seulement 16 millions de dollars ont été réunis au premier semestre 2005, alors que « les guerres d’Irak et d’Afghanistan coûtent aujourd’hui 5,6 millions de dollars par mois, soit, à quelques décimales près, l’équivalent du produit intérieur brut du Niger ... en un an. Et une rallonge de 202 milliards (pour les six prochaines années) vient d’être accordée au Département de la sécurité intérieure, chargé de protéger le territoire et les intérêts américains » [7].
On est tenté de parler de « famine néolibérale » comme Mike Davis parle de « famines coloniales » [8]. Car, une famine déclarée c’est pour les généreux « donateurs » un futur marché possible. De façon classique, il s’agissait de faire changer les habitudes alimentaires des sinistrés. Par exemple, à une population traditionnellement consommatrice de mil, les « donateurs » offraient plutôt du maïs ou du riz qui deviendrait ainsi, subséquemment, un produit de consommation courante à importer.
Mais, de nos jours, il s’agit plus d’une opportunité à saisir pour faire accepter les produits génétiquement modifiés. Ainsi, la position du gouvernement nigérien en la matière a connu une évolution assez rapide depuis la reconnaissance officielle de la crise alimentaire. Alors que le Cadre national de biosécurité, élaboré en 2005, exprime une certaine prudence, en novembre 2005, Niamey, la capitale du Niger, est le lieu choisi pour organiser un séminaire régional sur « La couverture médiatique de la biotechnologie agricole - Contraintes et opportunités pour la presse en Afrique de l’Ouest ». Un séminaire organisé par l’Institut international de recherche sur les cultures en zones tropicales et semi-arides (ICRISAT), l’International Service for Acquisition of Agribiotech Applications (ISAAA) et l’UNESCO. L’ISAAA est un organisme qui a pour vocation la lutte contre la faim et la pauvreté dans les pays dits en développement, surtout par la promotion des cultures transgéniques. Ses principaux financiers sont Cargill, Dow AgroSciences, Monsanto, Pionneer Hi-Bred, Syngenta qui sont aussi les principales multinationales des OGM. A l’occasion de cette opération de consolidation de l’endoctrinement des journalistes [9], a été ôté le cache-sexe sur l’expérimentation des céréales génétiquement modifiées dans la station de recherche de l’ICRISAT, à quelques kilomètres de Niamey, visitée par les séminaristes. A quelque chose malheur est bon pour les marchands d’OGM. Ainsi, cette crise alimentaire va légitimer un processus de mise en dépendance agricole accentuée, en matière de semences, de la paysannerie nigérienne, voire de disparition des plus pauvres, en tant que petits agriculteurs et petites agricultrices indépendants qui iront grossir les rangs du lumpen-prolétariat.
Vu qu’il s’agissait d’une ancienne colonie française, restée dans le giron de la Françafrique [10], il y avait une générosité très intéressée. Celle de la Compagnie générale des matières nucléaires (Cogema, du groupe Areva) [11]. Celle-ci est en grande partie redevable à l’uranium nigérien, pillé de façon jalousement monopolistique pendant longtemps. Mais les forfaits de la Cogema-Areva sont désormais exposés publiquement, grâce à la relative « ouverture démocratique » locale et au développement de la conscience antinucléaire, par l’ONG locale Agherin’man (bouclier de l’âme), la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD, France) et l’Association Sherpa (des juristes contre l’impunité dont jouissent les multinationales en matière de violation des droits des travailleurs en particulier, des droits humains et de l’écologie en général) [12]. Cette mise à nu des conditions de travail dans les mines (faible rémunération, exposition des travailleurs à la radioactivité sans véritable système de protection et de contrôle médical...), de la pollution de l’environnement aux conséquences fâcheuses sur les populations voisines et l’environnement risque d’aboutir à une réduction des profits en cas de conformité aux normes internationales.
La néolibéralisation s’est en grande partie déroulée dans le respect des rapports françafricains. C’est par exemple Vivendi qui a pris le contrôle de la distribution d’eau [13]. Cependant, la privatisation des télécommunications du Niger a plutôt bénéficié à la firme chinoise ZTE en progression sur le marché africain. Ce malgré l’appartenance du Niger à la zone monétaire du Franc CFA. Cette concurrence parfois défavorable risque de se reproduire concernant l’exploitation à venir de l’or, des phosphates et du pétrole. C’est sans doute pour maintenir les relations privilégiées, quelque peu érodées, que l’État français semble accorder une grande importance à la bonne organisation des 5ème Jeux de la Francophonie (7-17 décembre, Niamey ). Alors que 2 millions de Nigériens risquent de manquer de « pain » pendant le déroulement des jeux [14]. La Francophonie, sauf pour les gogos, est en fait la vitrine culturelle d’une affaire plutôt politico-économique, pour l’État du capital français. Mais, avant ces jeux et pendant le calvaire des enfants et adultes malnutris, les projecteurs de l’actualité françafricaine vont être tournés sur le pays voisin, aussi bien géographiquement que dans le classement en matière sociale ou d’indifférence de la part d’une grande partie de l’humanité, comme le dit cet animateur d’Action contre la faim : « Le Mali et le Niger sont des pays oubliés par la Communauté internationale, qui réagit aux crises de manière ponctuelle et non sur le long terme. » [15]
C’est en effet dans le cadre de cette néolibéralisation qu’a eu lieu la privatisation de la Régie des Chemins de Fer du Mali (RCFM). L’actionnaire majoritaire de la nouvelle entreprise Transrail SA est au départ un consortium canado-français Canac-Getma [18]. Une privatisation qui est assez caractéristique des rapports de domination impérialistes : la RCFM évaluée à 105 milliards de FCFA (160 millions d’euros) a été octroyée à 5 milliards (7,622 millions d’euros). La nouvelle entreprise ayant fait le choix du plus grand taux de profit, priorité a été accordée au transport des marchandises, sur celui des voyageurs [19]. Ce qui a entraîné la suppression de deux-tiers des gares (26 sur 36) alors que pendant un siècle la vie s’était organisée autour de ces 36 gares (qui sont aussi des villages). Les habitants sont ainsi désemparés : les voyageurs et les familles des cheminots constituaient la clientèle pour leurs produits. Transrail a ainsi contribué au développement de la pauvreté en milieu rural. De plus, 612 cheminots ont été licenciés et certains acquis sociaux des cheminots, par exemple les pensions de retraite versées aux veuves, ont été soit revus à la baisse soit supprimés. Ce qui a suscité l’indignation et une résistance citoyenne pour le retour à la régie du rail malien. Un Collectif citoyen pour la restitution et le développement intégré du rail malien (Cocidirail) a vu le jour. Mais la répression n’a pas tardé à s’abattre sur lui. Son principal animateur, un ingénieur, ancien directeur adjoint de l’École Supérieure Africaine des Chemins de Fer, Tiécoura Traoré, a été purement et simplement licencié, en violation flagrante de la législation du travail. Le Cocidirail ne s’est pas pour autant démobilisé.
Depuis quelque temps, il y est question d’une réforme foncière qui menace les paysans jouissant de l’usufruit sur les terres de l’ON, mais aussi par leur mise en concurrence avec de gros investisseurs. Ce contre quoi ils résistent : « On affirme que nous sommes dans un État de droit, mais nous, les cultivateurs, ne le savons pas. Nous sommes considérés comme des esclaves. A l’ON, il n’y a que la corruption, la magouille et l’injustice qui prévalent. Nous avons payé les redevances légalement dans le délai fixé par le Président de la République. Et voilà qu’on nous retire nos champs de riz pour les donner aux nouveaux bénéficiaires qui vont récolter nos produits. Nous préférons mourir que de perdre nos champs. Si les autorités ne prennent pas leurs responsabilités, advienne que pourra » [21], Ces paysans qui ont travaillé et habité légalement sur ces terres pendant des décennies refusent cette perte du droit d’exploitation des terres et leur remplacement par de gros investisseurs, sous le prétexte fallacieux de ne s’être pas acquittés à temps de la redevance eau. Ils sont par ailleurs confrontés à la hausse de plus de 200 % du coût des intrants agricoles. Seuls les plus pourvus financièrement survivront dans la jungle néolibérale.
Cette réforme foncière se réalise au moment où se développe la mobilisation des femmes paysannes pour l’accès à la terre. Ce qui rend plus difficile cette lutte ; c’est que les hommes tendent à la considérer secondaire, au lieu de s’y appuyer pour mieux faire avancer la cause commune. Mais, il ne suffit pas d’être victime d’une injustice pour être en mesure de perdre ses propres privilèges, même symboliques.
Avec l’ON, l’autre cible de la néolibéralisation dans le secteur agricole est la Compagnie malienne de développement et des textiles (CMDT ), l’ex-Compagnie française de développement et des textiles (CFDT). C’est la compagnie du coton, dont le Mali était le principal producteur de la sous-région. Sa privatisation est une pomme de discorde entre les institutions de Bretton Woods et le gouvernement malien qui en redoute les conséquences sociales et électorales, vu la place du coton dans la vie rurale et au-delà. Car, c’est plus du quart de la population malienne, soit environ 3,5 millions de personnes, qui vivent directement et indirectement du coton. Comme le disaient ces deux sexagénaires lors du Forum des Peuples de Fana (choisi comme site à cause de son statut de 2ème région productrice de coton), dans le cadre de la Conférence populaire paysanne (qui a aussi parlé de l’accès à la terre des femmes rurales) au cours de laquelle des échanges ont eu lieu avec des participant/es venu/es du Bénin, du Burkina... : « S’il faut maintenant vendre notre espoir en privatisant la CMDT, vraiment nous ne sommes pas d’accord. » [22] La vie quotidienne des petits paysans et paysannes producteurs de coton connaîtra ainsi le sort de leurs compatriotes des gares ferroviaires et de ceux confrontés à l’ON. C’est autour de la CMDT qu’est organisée la vie sociale et les infrastructures. Mais le partenaire français, Dagris, ex-CFDT (actuellement actionnaire à 60 %) est à l’affût, refusant de contribuer au financement du déficit de la CMDT, pour mieux en accélérer la privatisation complète. Car, si le prix du coton aux producteurs est en baisse ces dernières années, le coton de la région du FCFA, dont le Mali a été le principal producteur jusqu’en 2004, est absorbé à 60 % par le marché chinois. Ce qui est en soi une aubaine pour tout investisseur qui se débarrassera de maintes charges sociales, avec la privatisation complète, qui est un engagement pris par l’État malien dans le cadre de l’Initiative PPTE, d’allégement de la dette. L’actuel gouvernement malien a pu obtenir de la Banque Mondiale et du FMI son report en 2008 car l’année 2007 est une année électorale au Mali. La dernière mission de la Banque Mondiale au Mali a mis au point les modalités de privatisation. Pour satisfaire tous ceux, capitaux multinationaux et privés, qui salivent, pour les profits à réaliser, c’est la filialisation, inégalement rentable certes, qui a été retenue.
Un autre aspect de cette restructuration, libéralisation du secteur cotonnier qui est préjudiciable à la petite paysannerie, c’est l’introduction des semences génétiquement modifiées que les petits producteurs participant au Forum des Peuples à Fana ont vigoureusement dénoncée. En effet, en collaboration avec la Banque Mondiale, USAID, les multinationales productrices des semences génétiquement modifiées Dow AgroSciences, Monsanto, Syngenta (Novartis), ont initié un Projet COTI-2 de « Développement de la culture du coton génétiquement modifié au Mali ». Ainsi est programmée la dépendance de la petite paysannerie à l’égard des semenciers. Sous prétexte de mettre le progrès technologique au service des pauvres sont préparées en fait leur dépendance et la marginalisation des plus dépourvus ou leur transformation en simple prolétariat agricole, surexploité [23].
Pourtant, cette arrogance a fini par lasser le gouvernement malien dont le projet de maintien au pouvoir à l’issue des prochaines élections pouvait être contrecarré par le non-respect, par Bouygues, à travers sa filiale Saur International, du contrat de partenariat d’Énergie du Mali (EDM) établi en 2000. En effet, Saur s’est avéré davantage intéressé par les profits à court terme (hausse des tarifs d’eau et d’électricité) que par les investissements qu’il s’était engagé à réaliser qui devaient favoriser l’extension des réseaux de distribution d’eau et d’électricité. Ainsi, l’État malien s’est vu obligé de lui retirer, en octobre 2005, son statut d’actionnaire majoritaire dans EDM, violant ainsi le sacro-saint principe néolibéral d’amaigrissement du patrimoine économique des États, alors que la réunion des ministres de l’Économie et des Finances de la Zone Franc (des 19 et 20 septembre 2005, à Paris) venait de lui recommander, entre autres, de « poursuivre la mise en œuvre du programme économique et financier soutenu par le FRPC, notamment les réformes structurelles dans les secteurs cotonniers et de l’électricité ». Cet acte à motivation plutôt électoraliste lui a valu une mission spéciale de la Banque Mondiale et du FMI, dont le programme de lutte contre la pauvreté n’inclut pas la baisse des tarifs d’eau et d’électricité en faveur des pauvres, de surcroît par une entreprise majoritairement étatique.
Sans qu’il soit déjà question de remise en cause du « partenariat » privilégié avec la métropole néocoloniale, le Mali et le Niger, font partie de ces pays sensibles à la poussée états-unienne [34]. Futurs producteurs de pétrole, ils entrent de ce fait dans ce qui est considéré à Washington comme le champ de la sécurité nationale... des États-Unis. Ainsi, le gouvernement américain les a-t-il intégrés, à travers par exemple « l’Opération Flintock 2005 » [35] dans son programme de « lutte contre le terrorisme ». Toutefois ces différents aspects de la « coopération » états-unienne demeurent basés sur le respect des préceptes du néolibéralisme par les États « partenaires » africains. La soumission au Consensus de Washington demeure la condition cardinale.
Les élites gouvernantes africaines appliquent les préceptes du néolibéralisme aussi pour leurs intérêts privés. Elles préparent l’asphyxie de la petite paysannerie en articulant réformes foncières néolibérales et introduction des semences génétiquement modifiées. Ce que les associations paysannes présentes au Forum des Peuples à Fana, sommet alternatif au G7 (juin, Mali) ont vigoureusement dénoncé [39]. Malheureusement, la présence des associations paysannes d’autres régions d’Afrique, au-delà de l’Afrique de l’Ouest, a été faible. Il en a été autant des syndicats africains et d’autres composantes du Forum Social Africain, dont est pourtant membre le Forum des Peuples. Alors qu’il s’agit d’une occasion particulière : un forum à vocation continentale qui se tient toujours en zone rurale, qui permet aux paysans et paysannes de la localité choisie d’être présents plutôt que représentés, d’échanger avec ceux et celles d’ailleurs. Le voisinage du Mali et du Niger devrait être mis à profit pour consolider les solidarités permanentes, encore embryonnaires, à étendre dans la sous-région, pour commencer, où sévissent parfois les mêmes multinationales de distribution d’eau, d’électricité, d’exploitation minière, de vente des OGM. Ainsi, par exemple, entre cheminots du Mali et du Sénégal contre leurs États et les acquéreurs privés des chemins de fer nationaux. A l’instar des syndicats africains des dockers, de l’Afrique du Sud au Nigeria, se coordonnant pour la lutte contre les pavillons de complaisance.
L’organisation au Mali d’un sommet alternatif au 23ème Sommet France-Afrique est une initiative qui devrait se poursuivre. Non seulement contre la Françafrique, mais aussi contre les autres messes d’organisation de la paupérisation des peuples. Contre l’opinion favorable que semble avoir l’AGOA dans certains milieux, que semble illustrer le dialogue de la confédération des ONG du Sénégal (Congad) avec l’AGOA, il faut aussi rappeler la nature du capital états-unien, qui n’est ni moins impérialiste ni moins criminel socialement que le capital français. Pour mémoire, la récente intervention des États-Unis au Libéria, contre le régime oligarchique du seigneur de guerre Charles Taylor - qui bénéficiait du soutien du capital français - a favorisé l’exploitation par Firestone, en toute impunité, « de manière quasi-esclavagiste la main-d’œuvre employée dans sa plantation d’hévéas au Liberia », dont dix mille enfants [40].
C’est donc contre les différentes facettes de cet ordre qu’il faut s’organiser. Pour un autre monde possible débarrassé de l’exploitation des êtres humains par d’autres, de toutes les oppressions, il faut construire des solidarités permanentes, surtout avec les plus pauvres, pour une alternative radicale. Une radicalité altermondialiste africaine en solidarité avec les radicalités extra-africaines, sans les hiérarchies héritées des passés esclavagiste et colonial. Mais aussi sans négrisme, car l’alternative au racisme ne peut être un racialisme. Ainsi, un projet tel celui de l’African People’s Socialist Party, appelant à une Internationale Socialiste Africaine nous semble encore très marqué par le panégrisme de Marcus Garvey et risque de nourrir le racialisme, plutôt que le socialisme comme alternative démocratique à l’ordre multidimensionnel du Capital [41]. L’organisation du Forum social mondial polycentrique à Bamako, par la proximité géographique, est une opportunité à saisir, pour organiser la discussion collective et démocratique sur la solidarité permanente, pour une alternative africaine radicalement altermondialiste.
NOTES:
[1] Cf. Jean Nanga, “Famine et marchandisation de la charité au Niger”, juin 2005, http://www.solidarites.ch// ; Claude Quémar, “Niger : vraie crise, fausses réponses”, octobre 2005, www.cadtm.org/ [2] Cf. “Niger, La mondialisation capitaliste impose un nouvel internationalisme”, entretien avec Mamane Sani Adamou, Inprecor, n° 497, septembre 2004. [3] ibid. [4] http://www.imf.org/external/np/exr/facts/fre/prgff.htm [5] « Commerce et non assistance » [6] Amador Gomez (directeur technique d’Action contre la faim, Espagne), “Pas de répit pour le Niger : la malnutrition infantile continue d’augmenter”, Communiqué de presse du 14 novembre 2005. [7] Claude Angeli, “La gênante franchise des généraux de Bush”, Le Canard enchaîné, mercredi 20 juillet 2005. [8] M. Davis, Génocides tropicaux : catastrophes naturelles et famines coloniales (1870-1900), Aux origines du sous-développement, Paris 2003, éd. La Découverte. Ce qui peut aussi relativement s’appliquer à la situation dans le Darfour au Soudan [9] En juin 2005, a été créé à Bamako (Mali) le Réseau des Communicateurs Ouest-Africains en Biotechnologie Agricole (RECOAB). [10] Cf. Inprecor n° 497, op. cit. [11] “Le Niger ou le devoir de négligence”, Le Canard enchaîné du 3 août 2005. [12] CRIIRAD, “Impact de l’exploitation de l’uranium par les filiales de Cogema-Areva au Niger. Bilan des analyses effectuées par le laboratoire de la CRIIRAD en 2004 et début 2005” ; Almoustapha Alhacen, “Déclaration du président de l’ONG Aghirin’man aux participants du colloque international sur la prévision des risques, Contaminations radioactives et protection des populations” Lyon, avril 2005. Bien que principal actionnaire sur l’uranium du Niger, la Cogema est accompagnée par les entreprises espagnole ENUSA, japonaise OURD et l’État nigérien. [13] Sur les conséquences de cette appropriation privée de la distribution d’eau on peut lire le Rapport de la Mission Internationale d’Enquête du FIDH, “Droit à l’eau potable au Niger”, octobre 2002. [14] L’annonce persistante, ces dernières semaines, d’une nouvelle crise alimentaire dès le mois de décembre par des ONG et organismes de l’ONU est gênante pour le gouvernement nigérien qui tient à s’offrir en spectacle dans le monde francophone, à travers ces jeux. Selon certains observateurs, c’est, entre autres, pour empêcher que ne lui soit retirée l’organisation des dits jeux qu’il ne voulait reconnaître officiellement la situation de famine au début de l’année 2005. Alors que des enfants mourraient de faim... les villas devant héberger les sportifs étaient construites... Ainsi au moins 15 millions d’euros ont été investis pour la construction et la réfection des infrastructures ! [15] Action contre la faim, “Mali/Niger : un silencieux scandale”, Dossier de presse 2005. [16] Population en dessous du seuil de pauvreté : 63,8 % ; espérance de vie à la naissance : 48,6 % ; mortalité infantile : 116,79 ‰ ; analphabétisme : 53,6 % (Source CIA, The World Factbook ) [17] Encours de la dette publique extérieure : 1746,1 milliards de francs CFA en 2002 ; 1646,7 en 2003 ; 1725 en 2004 ; 1802 en 2005. Rapporté au PIB nominal : 81,1 % ; 69,9 % ;70 % ; 65,9 % ; Service de la dette : 12 % des recettes budgétaires en 2005 contre 12,4 % en 2004 . [18] Le consortium CANAC-GETMA a cédé ses actions au Français J. Lefebvre et à l’Américain Savage Companies. [19] Les bénéfices mensuels du transport des marchandises sont d’un milliard de FCFA (1,524 million d’euros) [20] Situé au centre du Mali, l’Office du Niger (ON) est un projet d’aménagement hydro-agricole. Créé en 1932 après la découverte au centre du Mali en 1925 d’un delta fossile, le Delta central nigérien, il prévoyait initialement l’aménagement d’environ un million d’hectares en cinquante ans. Ses objectifs principaux étaient : « de satisfaire le maximum des besoins en coton de l’industrie textile française et d’assurer la sécurité alimentaire en riz des régions sahéliennes de l’Empire Français d’Afrique de l’Ouest ». [21] Oumar Traoré, 63 ans, porte-parole des paysans de Niono, dans la région de Ségou, lors de la Conférence de presse du 4 août 2005, au siège du parti SADI et de Radio Kayira, à Bamako. [22] Awa et Kadia Coulibaly dans Le Messager de Fana, journal du Forum, juin 2005. [23] Un argumentaire concis contre les OGM en Afrique : Zachary Majanya, du réseau d’Afrique australe et orientale de l’Association Participatory Ecological Land Use Management (PELUM), “12 raisons pour l’Afrique de rejeter les OGM”, [24] “Les investisseurs seront toujours bien reçus au Mali”, Marchés tropicaux, n° 3122, du 7 octobre 2005. [25] AGOA, Competitiveness Report, p. 23. [26] L’or est le principal produit d’exportation (57 % des exportations) du Mali, qui en est le troisième producteur africain après l’Afrique du Sud et le Ghana. [27] Cf. Marie-Eve Tejedor, “Mali : or, pillage et répression... des travailleurs résistent !”, [28] Début novembre, c’est l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) qui a organisé une grève d’avertissement pour la « mise en application d’un plan social en faveur de tous les travailleurs licenciés des sociétés et entreprises d’État, la réintégration des syndicalistes mutés de manière illégale, la baisse des prix des produits de première nécessité ». [29] D’après certaines sources, la gendarmerie a pris en otage sa compagne et leurs enfants, afin de le sortir de sa cachette. Ce qui n’est sans rappeler les pratiques du temps colonial. [30] Une autre entreprise importante d’exploitation de l’or au Mali est la SEMOS appartenant à 38 % à AngloGold (Afrique du Sud, n° 2 mondial de l’or), 38 % à IamGold ( “junior” au Canada, et assez présent au niveau mondial), 18 % à l’État malien, 6 % à la Société Financière Internationale (SFI ou IFC en anglais, membre du Groupe de la Banque Mondiale, fondée en 1956 sur inspiration des États-Unis, elle se présente comme « la plus importante source de financement sous forme de prêts et de prise de participations pour les projets du secteur privé dans les pays en développement. Elle facilite un développement durable du secteur privé... ». Cette répartition des parts sur la mine de Sadiola n’est pas la même sur celle de Yetela où est absente la SFI, ses 6 % étant repartis également entre les trois autres actionnaires. L’autre multinationale sud-africaine RandGold qui exploitait la mine de Syama l’a cédée à Resolute Mining d’Australie en 2004. L’exploitation de l’or au Mali se fait selon les experts à faible coût. Sur les conséquences sociales et écologiques de l’exploitation de l’or à Sadiola, on peut consulter le Rapport de la mission d’enquête des Amis de la Terre sur http://www.amisdelaterre.org/ [31] African growth and opportunity act (AGOA, accord de croissance et d’opportunité africaine) est un accord commercial qui lie, jusqu’en 2015, une quarantaine de pays d’Afrique subsaharienne aux États-Unis. [32] Avant le séminaire réservé aux journalistes sur la biotechnologie agricole à Niamey, le gouvernement états-unien, avec le soutien de la FAO, avait organisé en fin juin 2004 à Ouagadougou (Burkina Faso) une Conférence internationale intitulée « Maîtriser la science et la technologie en vue d’accroître la productivité agricole : perspective ouest-africaine ». Monsanto y avait déjà obtenu l’autorisation d’introduire des produits génétiquement modifiés. Le président de l’Association cotonnière africaine, Ibrahim Malloum, est favorable aux OGM. Cf. son interview : “Quels défis pour l’Afrique cotonnière en 2005-2006 ?”, Marchés tropicaux, n° 3121 du 30 septembre 2005. [33] L’hebdomadaire français L’Express du 10 novembre 2005 publie un entretien avec le président sénégalais. A la question « En France, on sent poindre la crainte d’une distension du lien entre Dakar et Paris, au profit d’un flirt américano-sénégalais. Cette crainte est-elle fondée ? », Abdoulaye Wade répond : « J’ai toujours été un grand admirateur des États-Unis. Ils fournissent à l’Afrique un modèle de développement rapide que ni la France ni l’Europe ne peuvent lui procurer. Mais cela n’a rien à voir avec le lien traditionnel qui nous unit à la France, et qui demeure ». [34] En guise d’illustration : à la veille du sommet France-Afrique, Ikatel (dont sont actionnaires France Télécom et la Sonatel du Sénégal ; France Télécom étant l’actionnaire majoritaire de Sonatel...) vient d’obtenir la licence GSM, accompagnée « d’exonération de TVA et de droits et taxes de douane », semble-t-il avec l’aide de France Télécom, selon la Revue de Presse du CEFIB, qui souligne « Inutile de revenir sur le caractère “illégal ” de cette faveur que les autorités compétentes ont tout de même tenu à souligner même si, pour des raisons obscures d’État, elles ont fini par accéder à cette requête. Ce qui est tout de même curieux dans cette affaire, c’est que cette demande d’exonération a été faite avant même que la jouissance de la licence d’exploitation ne soit effective, celle-ci étant intervenue en août 2002, deux mois seulement après l’élection du général Amadou Toumani Touré à la magistrature suprême en juin 2002. L’exonération était-elle la condition sine qua non pour l’installation d’Ikatel au Mali ou est-ce que, en la matière, il y eut délit d’initié pour lui accorder cette faveur par anticipation ? », Sékouba Samake et Seydina Oumar Diarra-Sod, “Licence d’exploitation : France Télécom n’est pas derrière Ikatel”, la Revue de Presse du CEFIB du 25 novembre 2005. [35] Il s’agit de manœuvres militaires conjointes de l’armée états-unienne avec les armées de huit États sahéliens dont le Mali, le Niger, le Sénégal... Lors de la visite de Bush au Sénégal en 2003, il a été question d’y installer une base militaire états-unienne. Alors qu’au Mali a été ouvert le bureau le plus important de la CIA dans la région. Quant au Niger, la formation de ses officiers pilotes de chasse est depuis quelque temps effectuée aux États-Unis... [36] Selon le Cocidirail, Abdoulaye Wade serait l’un des bénéficiaires de la privatisation de la RCFM, à travers un prête-nom français. [37] La dernière mobilisation sociale organisée à la mi-septembre l’a été par la Labour and Civil Society Coalition (Lasco) regroupant les centrales syndicales (Nigeria Labour Congress, Trade Union Congress, Congress of Free Trade Union) et des organisations de la société civile (Joint Action Forum). Des organisations politiques, comme le Democratic Socialist Movement, section nigériane du Comité pour une Internationale des Travailleurs, ont toujours soutenu les appels à la grève générale, à la mobilisation lancés principalement par le Nigeria Labour Congress. Le prix Nobel de littérature, Wole Soyinka, a aussi appelé et participé à cette mobilisation. [38] La lecture de l’ouvrage de William Mervin Gumede, sur Mbeki (Thabo Mbeki and the Battle of the Soul of the ANC, éd. Zebra Press, Cape Town 2005 ) est instructive à ce sujet. [39] Sekou Diarra, “Revendications citoyennes au Mali”, Manière de voir, « En lutte. État des résistances dans le monde », décembre 2005-janvier 2006. [40] “Labour group sues Bridgestone on Liberia rubber plantation”, Reuters, 18 novembre 2005. http://www.za.today.reuters.com/. Firestone sévit au Liberia depuis 1926. La guerre ayant conduit Taylor au pouvoir, avait relativement entravé l’activité du fabricant de pneus. [41] Omali Yeshitila, “Africa for Africans at home and Abroad. Build the African Socialist International”, diffusé par Kenya Socialist Web, <>, août 2005.
Source : Inprecor (www.inprecor.org), décembre 2005.