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10 mai 2009

Le combat citoyen fait reculer le pouvoir marocain

Depuis mai 2008, la population de la ville côtière de Sidi Ifni affronte la répression brutale et la volonté d’intimidation du gouvernement marocain. Territoire espagnol jusqu’en 1969, 13 ans après l’indépendance, Sidi Ifni souffre de multiples maux chroniques: chômage, infrastructures à l’abandon, marginalisation. La révolte des jeunes et des chômeurs a entraîné, le 7 juin, l’intervention sauvage de la police et de l’armée: humiliations, tabassages, arrestations arbitraires.

Le mouvement est malgré tout resté offensif, réclamant la libération des manifestants retenus prisonniers, la satisfaction des revendications économiques et sociales et l’arrestation des auteurs d’exactions policières. Après 9 mois de détention, dans des conditions d’hygiène, de sécurité et d’accès aux soins dégradantes et dangereuses, le procès des 22 militants et responsables associatifs incarcérés, déjà reporté à 2 reprises sous divers prétextes, s’est finalement tenu le 9 avril 2009, en présence d’un comité de soutien international et avec la solidarité de la population de Sidi Ifni. Cette journée du 9 avril a en effet été marquée par une grève générale, tandis que de nombreux participants se rassemblaient devant le tribunal d’ Agadir à l’appel d’ Attac Maroc. Après une audience marathon de 17 heures, malgré les accusations fallacieuses, l’« inexactitude » des PV de police, le non respect des principes de la détention, l’état de perquisitions illégales et l’absence de preuves, le verdict est tombé le 10 avril à 3 heures du matin : les peines prononcées s’échelonnent de 1 an avec sursis à 1 an et demi de prison ferme; 5 des accusés restent encore quelques mois en prison, 10 étaient déjà en liberté provisoire, les autres sont soit remis en liberté soit acquittés pour avoir purgé leur peine.

L’incohérence de ce jugement est consternante, au regard des chefs d’accusation: tentative d’assassinat, constitution et direction d’une bande criminelle, rassemblement armé, port ostensible d’armes en manifestation, destruction d’établissements industriels et portuaires. Et sa toute stratégique clémence semble trancher avec les pratiques habituellement en vigueur dans les instances judiciaires marocaines lors de procès politiques. Un tel résultat n’est dû qu’à l’exceptionnelle mobilisation locale et internationale qu’a été contraint de prendre en compte le pouvoir marocain. Mais cela ne doit pas faire oublier le caractère inacceptable et scandaleux de ce procès qui n’avait pas lieu d’être, et dont l’issue n’aurait dû être que la relaxe pure et simple des 22 détenus, coupables d’avoir réclamé la justice sociale et le droit à la dignité, en application de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qui autorise tout citoyen à s’exprimer et à manifester librement.

La conclusion de ce douloureux dossier ne saurait être effective qu’avec l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan de développement régional, en coordination avec les acteurs du mouvement citoyen qui a porté ces revendications.

Gisèle F.

8 octobre 2008

SOLIDARITE AVEC LES RESISTANCES SOCIALES AU MAGHREB

C’est bien une perception nouvelle des résistances sociales maghrébines qui se fait sentir aujourd’hui. Au-delà de la contestation légitime de la très sarkozyste Union pour la Méditerranée (UPM), on voit émerger une solidarité avec ces luttes humaines, sociales et économiques. Le contre sommet et l’initiative de la CNT et le meeting « Pour une Méditerranée des luttes», qui se sont tenus cet été en sont des éléments probants. Organisation politiques à la gauche du PS, syndicats, associations de défense des Droits de l’Homme, syndicats étudiants, tous les acteurs majeurs de la solidarité se sont rencontrés pour analyser, agir et avancer ensemble: c’est le rejet sans conditions des politiques néo colonialistes et ultralibérales qui gangrènent cette région du monde. Pour la première fois, les révoltes en cours en Algérie, en Tunisie et au Maroc témoignent d’une réelle convergence: les mêmes causes (chômage, corruption, népotisme) produisent les mêmes effets a Oran, Gafsa ou Sidi Ifni. Le mouvement de colère est porté par les jeunes, diplômés, chômeurs, actifs, étudiants, syndicalistes en rupture avec la ligne officielle de l’UGTT, femmes, et se trouve agressé par des gouvernements autoritaires, répressifs et policiers, soutenus par les impérialismes occidentaux. Cette prise de conscience globale se fait malgré l’hypocrisie, qui confine à la désinformation, des média, qui, quand ils veulent bien les évoquer, dénaturent et minimisent les faits pour ne pas ternir l’image d’un paradis pour touristes.

Un nouvel espace politique se définit a l’échelle de cette région; les formes de ce processus anticapitaliste, internationaliste et solidement ancré à gauche sont en train de se préciser. Et c’est le rôle des travailleurs et des révolutionnaires de soutenir ce combat pour les droits humains et la démocratie. De fait, la question de l’immigration, entachée d’alliances euro-maghrébines toxiques, se pose de façon accrue. Car les enjeux sécuritaires, sous le fallacieux prétexte de contrer le terrorisme, entraînent la maîtrise violente des flux migratoires, et interdisent la libre circulation des populations, surtout les plus pauvres. L’élan de solidarité unitaire mobilise autour des revendications justes, et concrétise la construction d’un front unique de résistance à la répression. Le sort monstrueusement inique réservé aux opposants est cruellement symptomatique de cette lutte pour la dignité. J’en veux pour exemple Ess’gaier Belkhiri, immigré tunisien résidant à Nantes, incarcéré puis libéré au bout d’un mois grâce a la solidarité internationale. Et aussi Zakia Difaoui, militante des droits de l’Homme condamnée en appel a 4 mois 1/2 de prison ferme par les autorités tunisiennes. Dernière tentative en date d’intimidation, preuve de l’inquiétude des pouvoirs dictatoriaux, l’inculpation éhontée, pour financement d’association de malfaiteurs, de Mouhieddine Cherbib, président de la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des Deux Rives (FTCR), vivant en France.

Il est simplement intolérable que ces régimes policiers menacent les soutiens, criminalisent leur action et tentent sans vergogne de réduire la contestation au silence, à la torture et à la mort. C’est à nous qu’il revient d’exiger la garantie des libertés essentielles et le respect des droits sociaux et humains. A Paris et Nantes, des groupes de travail unitaires sur ces questions ont vu le jour. C’est pourquoi, plus que jamais, il est temps de renforcer l’unité, d’encourager les initiatives communes et de multiplier les campagnes de solidarité, pour ne pas laisser la peur et la résignation détruire cet espoir naissant.

Gisèle F.

12 juillet 2007

MAROC : Halte à la répression


L’escalade répressive de ces dernières semaines au Maroc montre à nouveau que rien n’a changé dans la nature autoritaire et dictatoriale du régime marocain.

Depuis le 1er mai, une vague de répression s’est de nouveau abattue sur le Maroc. De nombreux militants d’Agadir et de Ksar el-Kebir ont été condamnés à des peines de prison de plusieurs années sous le prétexte d’avoir « porter atteinte aux valeurs sacrées du royaume ». La solidarité est, elle aussi, considérée comme un crime. Ainsi, à Beni-Mellal, quatre militants ont été condamnés à des peines de prison allant de deux mois à un an ferme, pour avoir participé à un sit-in de solidarité avec les détenus. Suite à ces événements, une coordination nationale, rassemblant les associations pour les droits de l’Homme et les syndicats, a appelé à une journée de solidarité avec les détenus, le 15 juin, dans tout le Maroc. À Casablanca, la manifestation n’a pu défiler et, dans plusieurs villes, comme à Rabat, les manifestants ont été sauvagement réprimés. À Rabat, après deux heures d’affrontements, plusieurs militants se sont retrouvés à l’hôpital, dont trois dirigeants de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) (lire Rouge n° 2211).

Comme si la répression étatique ne suffisait pas, le patronat marocain utilise aussi ses propres milices pour mater la résistance. Les ouvriers Coca-Cola à Casablanca, en grève pour leurs droits syndicaux et sociaux, en ont fait les frais. On leur a envoyé des barbouzes accompagnés de chiens pour les déloger de l’usine qu’ils occupaient. La direction n’a pas hésité non plus à licencier le délégué du personnel.

Voilà déjà deux ans que l’on assiste à un renouveau des luttes au Maroc, tant dans les villes que dans les campagnes. La politique économique et sociale menée, par un régime autoritaire, obéissant au FMI et à la Banque mondiale, est largement contestée dans les rangs des travailleurs et des pauvres qui ne supportent plus la situation sociale dégradée : services publics privatisés, salaires de misère, augmentation du coût de la vie, chômage massif et escalade répressive. Les années de plomb du régime Hassan II, entre 1960 et 1990, ne sont pas si loin...

Tout comme lors de la violente répression des années 1970, le régime nous oppose le nécessaire « renforcement de l’unité nationale » ; d’une part, pour réussir la pièce de théâtre que vont être les élections législatives du 27 septembre prochain et, d’autre part, pour régler les négociations sur le sort du Sahara occidental, qui réclame son indépendance. Tout cela n’est que prétexte pour cacher la réalité des politiques libérales dont les dégâts sociaux sont graves.

Mais le peuple marocain résiste, comme ailleurs sur la planète, pour enrayer la machine infernale du capitalisme et notre solidarité à ces mouvements doit être permanente, notamment en France, pays qui a toujours soutenu le gouvernement marocain et dont les multinationales, comme Bouygues et Vivendi, font des ravages au Maroc.

Salim Kenz

27 juin 2007

Répression au Maroc

Un sit-in, organisé le 15 juin devant le Parlement de Rabat par l’Instance nationale pour la solidarité avec les détenus du 1er mai 2007, a fait l’objet d’une répression sauvage et sans sommation, qui s’est soldée par des traumatismes et des fractures pour des dizaines de militants. Les participants ont été poursuivis, battus et piétinés pendant plus d’une heure et demie par « les forces auxiliaires » (mokhazni). Parmi les blessés figurent trois dirigeants de l’Association marocaine des droits humains (AMDH).

Ce rassemblement avait lieu dans le cadre d’une journée nationale d’action pour la libération de militants arrêtés à Agadir, Ksar-el-Kebir (entre Tanger et Tétouan) et Beni-Mellal (au centre du Maroc), à la suite des manifestations du 1er mai au cours desquelles de nombreux militants syndicalistes ont été condamnés à des années de prison ferme sous l’inculpation d’« atteinte aux valeurs sacrées du Royaume ». Le 5 juin, à la suite d’un sit-in de protestation à Beni-Mellal, dix militants syndicalistes ont été arrêtés.

Dans un communiqué, l’AMDH « rappelle que la répression s’abat sur les chômeurs, les travailleurs, les fonctionnaires, les handicapés et les défenseurs des droits humains au moment où les personnes qui pillent les biens publics, qui commettent des crimes politiques et économiques jouissent de l’impunité ». Les militants arrêtés le 1er mai devaient comparaître devant les tribunaux de Beni-Mellal et Agadir les 18 et 19 juin.

26 janvier 2007

Maroc - Résistances

Une vague de mobilisations contre la hausse des prix des produits de première nécessité montre que les résistances sont toujours à l’œuvre au Maroc.

Depuis plusieurs mois, un mouvement de résistance prend forme au Maroc, impliquant potentiellement des dizaines de milliers de citoyens contre la dégradation du pouvoir d’achat et le renchérissement du coût de la vie. En quelques semaines, une augmentation sensible du prix des biens de première nécessité (huile, lait, légumes, levures, eau minérale) a eu lieu, en partie en raison de l’augmentation du taux de TVA, passant de 7 à 10 %, inscrit dans la loi de finances de 2006, ce qui a eu pour effet direct le renchérissement de l’indice du coût de la vie de 3,3 %. La hausse du prix des transports (de 40 %), du prix de l’eau et de l’électricité (de 7 %) a porté un coup sévère aux conditions de vie de l’immense majorité.
Ces hausses de prix sont le fruit de plusieurs facteurs : la baisse drastique des subventions publiques à la consommation des ménages, la libéralisation des prix, l’augmentation de la TVA, mais aussi la délégation de services publics, notamment en ce qui concerne l’eau et l’électricité, aux profits de multinationales essentiellement françaises (Vivendi, Lyonnaise des eaux). Ces dernières se sont vues offrir sur un plateau d’argent la gestion de ces services publics de base dans la plupart des grandes villes sans aucune contrepartie réelle : les promesses d’assainissement des égouts, d’extension de fourniture en eau potable, de raccordement électrique et toutes les obligations réglementaires sont restées sans suite au regard des besoins.
En revanche, très rapidement, avec l’accord des autorités, la tarification a été réévaluée à la hausse. Avec un cynisme complet, le directeur général de la Régie autonome de distribution d’eau, d’électricité et d’assainissement de la wilaya1 de Rabat-Salé (Redal), Gilles Guillaume, déclare à la presse vouloir éduquer les citoyens à ne plus gaspiller en élevant les prix ! Dans un pays où le taux de chômage réel dépasse 20 %, où des millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, ils sont nombreux à apprécier.
Politisation
Concentrées dans le temps, ces hausses de prix, contrairement à d’autres périodes (1981, 1984, 1990) n’ont pas débouché sur des émeutes. Pour deux raisons majeures : l’opposition traditionnelle et ses relais syndicaux n’ont appelé à aucune mobilisation, car empêtrés dans une intégration institutionnelle sans limite, servant de faire valoir à la « démocratie de façade » de la monarchie, et impliqués depuis plusieurs années dans la gestion libérale sauvage et les privatisations. Ainsi, par exemple, la Confédération démocratique du travail (CDT), qui avait appelé à la grève générale en 1981 contre les mesures de hausses des prix, a approuvé la loi de finance. Deuxième élément, le poids des défaites antérieures du corps social et l’intégration en négatif des capacités répressives du pouvoir ont rendu les réactions de masse difficiles. Pour autant, la résistance s’est frayé un nouveau chemin.
L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a joué un rôle majeur dans l’impulsion d’une dynamique de lutte. À partir d’une vision large du combat des droits humains, intégrant la défense des droits sociaux et économiques, l’AMDH, qui regroupe l’essentiel des composantes de la gauche démocratique et radicale, légale et extralégale, a de fait constitué un front unique politique, partiel sans doute mais décisif dans la mise en place de coordinations locales contre la vie chère dans la majeure partie de villes du Maroc (plus de 70 coordinations locales). Près d’une vingtaine d’associations et de courants politiques se sont regroupés dans un front. Cette initiative a rencontré les mobilisations populaires spontanées de protestation contre les sièges de délégation d’eau et d’électricité, et elle a impulsé un cycle de mobilisation parfois quotidien en phase avec le ras-le-bol généralisé. Ce processus, appuyé par des signatures de pétition, des réunions de quartier, un large travail d’information et de sensibilisation, a été extrêmement politique.
Nouvelle dynamique
Pour la première fois, sous une forme collective, la dépendance des exécutifs locaux ou nationaux aux desiderata des multinationales fut dévoilée au grand jour. Pour la première fois, bousculant les manœuvres du pouvoir et des partis qui lui sont inféodés, la question sociale s’invite comme première préoccupation, alors que l’establishment est focalisé sur les nouvelles règles électorales appelées à dessiner une nouvelle carte politique par et pour les élites, lors des législatives de cette année. Bien plus, dans certaines localités, un processus d’auto-organisation a vu le jour, la mobilisation étant portée par des comités d’habitants soutenus par la coordination locale, permettant d’exprimer un potentiel de mobilisation et de radicalité, malgré les difficultés liées au manque d’expérience et aux tentatives du pouvoir de créer des fractures entre comités. C’est le cas notamment à Safi, où nos camarades ont joué un rôle décisif dans l’animation de la lutte.
Altermondialisme
La journée du 14 décembre fut une journée d’action nationale décentralisée qui fut partout un véritable succès. Prélude à la manifestation nationale du 24 décembre, elle était une journée test pour vérifier l’état d’esprit et la combativité de « ceux d’en bas ». Elle fut partout marquée par une participation importante des femmes, des jeunes et des habitants. Cela est d’autant plus honorable que les coordinations locales avaient très peu de moyens et aucun accès aux médias. Le 24 décembre, la manifestation a regroupé près de 15 000 personnes. Cela peut paraître peu par rapport à l’investissement consacré, mais ce serait faire abstraction de l’absence de tradition de mobilisation nationale sur ce type de question, la faiblesse des moyens matériels et organisationnels des forces qui y participent, les difficultés financières pour se déplacer, l’énorme hostilité de toute la classe politique et des médias. En vérité, compte tenu des rapports de force globaux et du climat de défaite de cette dernière décennie, ce fut un succès et un point d’appui pour continuer la mobilisation.
Le défi pour la gauche sociale et politique était de recréer un espace d’accumulation des forces et une visibilité autonome à partir de la question sociale de recentrer ainsi le débat politique et électoral sur un terrain de lutte et non pas d’arrangements en coulisse orchestrés par le ministère de l’Intérieur. Mais aussi de proposer un cadre et des objectifs de mobilisation qui ne se réduisent pas à des revendications sectorielles, mais qui abordent de front la question de la répartition des richesses et de la nécessité d’une démocratie jusqu’au bout qui ne se réduise pas à une farce électorale où rien ne change.
L’effet politique de ces mobilisations est important. D’une part, il fait apparaître la rupture entre les directions de l’opposition syndicale et politique traditionnelle et les majorités populaires, qui cherchent d’autres formes de lutte et d’expression de leurs intérêts. Cette tendance est un fait majeur de ces dernières années. Les directions syndicales ont refusé de s’impliquer, se contentant aux mieux de soutenir du bout des lèvres la mobilisation, même si certaines fédérations se sont associées plus ou moins à la lutte. Quant aux partis de la gauche gestionnaire, ils se sont enferrés dans un silence assourdissant, quand ils n’ont pas laissé entendre que cette mobilisation était manipulée par l’extrême gauche. D’autre part, alors que partout est galvaudée la montée irrésistible de la mouvance islamiste (fait bien réel par ailleurs), les coordinations locales ont réussi à s’imposer et à contrer leur hégémonie, même dans certains quartiers, où règnent le désespoir social et un quadrillage associatif de cette mouvance. Si, au final, les mobilisations n’ont pu imposer une annulation des hausses - tout au plus des concessions partielles et locales -, elles ont fait la démonstration qu’un front uni de la gauche sociale et politique, tourné vers les luttes et des objectifs de rupture, peut être un point d’appui décisif à la reconstruction d’un rapport de force et d’une alternative globale. Pour la première fois, c’est explicitement contre la mondialisation capitaliste, les politiques sociales et économiques menées depuis des décennies, le refus des institutions en place que se forge une unité dans les luttes. La mobilisation n’est pas finie. La perspective d’organiser nationalement, dans une structure permanente, les coordinations locales a été retenue par les principaux animateurs, ainsi que l’appel à une nouvelle manifestation nationale à Casablanca en mars. Une fenêtre s’est ouverte.
Chawqui Lotfi
1. Entité administrative. 2. Article réalisé en collaboration avec Solidaires pour une alternative sociale, regroupement militant marxiste révolutionnaire marocain qui lutte pour l’émergence d’une alternative anticapitaliste, internationaliste, pluraliste et démocratique et d’un front social et politique de lutte tournée vers la reconstruction/refondation d’un mouvement populaire indépendant. Contact : .

Appel de la coordination nationale de lutte contre la hausse des prix (extrait)
Après un échange sur la dégradation de la situation sociale des masses populaires en raison des politiques de classe imposées, source d’un appauvrissement global et de destruction des acquis sociaux obtenus après des années de lutte et de résistance [...], nous faisons le constat que la loi de finances de 2007 consacre la régression sociale et met en place un régime fiscal qui traduit la dépendance par rapport aux exigences des centres financiers internationaux et des États impérialistes [...]. La coordination note également la montée de la colère populaire dans tout le pays à laquelle elle apporte tout son soutien.
Elle affirme sa condamnation des hausses des prix et exige leur annulation immédiate.
Elle dénonce la répression des mouvements sociaux.
Elle condamne l’exclusion de dizaines de milliers d’enfants et de jeunes et du droit à l’éducation.
Elle condamne la dilapidation de l’argent public et refuse l’impunité de leurs bénéficiaires.
Elle revendique le retour au public des services privatisés et l’expropriation des sociétés Amandis, Lydec, Redal... et l’arrêt de tout processus de privatisation.
Elle défend l’augmentation du Smic et l’application de l’échelle mobile des salaires.
Elle exige la gratuité des soins, de l’enseignement et le droit à l’emploi.
• Pour plus d’information : Blog des coordinations contre la hausse des prix ( et ).

2007-01-26

15 janvier 2007

Immigration - Sous-traitance meurtrière de la lutte contre l’immigration aux pays du Maghreb : le cas du Maroc.

Depuis 2005, le Maroc s’est engagé dans une politique ferme d’éloignement et d’expulsion des migrants subsahariens qui traversent le pays dans l’espoir de gagner l’Europe. On se souvient du drame de l’automne 2005 aux confins des villes marocaines occupées par l’Espagne, Ceuta et Melilla, où la police marocaine a ouvert le feu contre des migrants qui tentaient de dépasser le mur barbelé. Résultat : plusieurs dizaines de morts. Plus récemment, le 23 décembre 2006, à l’aube, quatre cents migrants, dont des femmes enceintes ou accompagnées d’enfants, ont été raflés dans plusieurs quartiers de Rabat, et expulsés vers la frontière avec l’Algérie, en plein Sahara sous le froid hivernal. Nouvelles rafles le 25 décembre à Nador, dans l’Est du pays. Parmi les migrants, de nombreux demandeurs d’asile et personnes reconnues réfugiées par le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU. Ces procédés ne sont pas une première, et des rescapé-e-s ont également déjà témoigné de phénomènes de racket, de maltraitance ou de viols de la part des forces de l’ordre. Le Maroc applique aujourd’hui une politique raciste et arbitraire caractérisée par l’absence quasi-systématique du recours à la justice avant toute décision d’expulsion, qui exacerbe le racisme déjà présent dans la population.

Ces expulsions à grande échelle, parfois dans des conditions susceptibles d’entraîner délibérément la mort, sont menées au nom des accords passé avec l’Europe en matière de lutte contre l’immigration clandestine. Les institutions européennes ferment les yeux sur le maintien de la monarchie autoritaire et exige en échange que le Maroc se transforme en gendarme de l’Europe de Schengen. Les opérations d’expulsions rentrent dans le cadre des engagements pris par le Maroc à la conférence euro-africaine qu’il a hébergée en juillet 2006. Depuis le Maroc est considéré comme un partenaire privilégié de l’UE au nom de la protection des frontières de l’Europe. Il n’est pas le seul : la Libye, qui applique des méthodes similaires, est également un sous-traitant jugé efficace. L’UE ne tient aucun compte des rapports des ONG concernant les violations des droits de l’homme, sur le fait que les principes de la Convention de Genève sur les réfugiés, pourtant ratifiée par le Maroc, ne sont pas respectés.

Les Subsahariens sont victimes des plans d’ajustements économiques dans leurs pays imposés par la Banque Mondiale et les Etats occidentaux, victimes des dictateurs soutenus par ces mêmes institutions, victimes des guerres alimentées par les marchand d’armes et les multinationales qui s’accaparent les matières premières, et encore victimes de ces mêmes régimes occidentaux qui ont plongé le continent africain dans une pauvreté de plus en plus grande. Pour beaucoup d’entre eux, le choix se résume entre mourir dans leurs pays, du fait de la misère ou de la répression, ou sur le chemin de l’immigration. A l’initiative de militants de gauche, d’ATTAC Maroc, d’organisations syndicales, d’associations marocaines ou espagnoles, des comités de soutiens sont mis en place et la solidarité matérielle s’organise tant bien que mal (nourriture, couverture, médicaments).
Afriques en Luttes

15 décembre 2006

RESF Maroc

Le 11 octobre 2006 a eu lieu la première réunion d'un collectif de soutien aux Marocains "sans papiers" expulsés dans le cadre de la circulaire Sarkozy. Présents: AMDH (association de droits de l’homme, Maroc), ASPES, ATTAC Maroc et d'autres militants. Des enseignants français au Maroc ont été alertés depuis la rentrée scolaire de septembre 2006 de deux premiers cas d'expulsion vers le Maroc. Pour le 1er cas, étant donné l'étroitesse des délais, rien n'a pu être fait. Pour le 2ème cas, un petit comité d'accueil a pu être réuni dans l'urgence, avec la présence de medias. Cette 1ère expérience a démontré: 1) L'utilité de l'accueil des personnes expulsés, tant sur le plan humain que sur le plan administratif et surtout sur le plan politique. 2) La nécessité de se préparer à de nouvelles expulsions, de façon à être à même de se mobiliser très vite et de pouvoir apporter des éléments de réponse aux multiples problèmes que ce type d'expulsion violente pose aux personnes concernées. Tel était l'objectif de cette 1ère réunion. Intitulé du collectif : Réseau Education sans frontière Maroc. Objectifs: accueil ; faire en sorte que ces expulsions ne passent pas inaperçues et exprimer l'indignation face à de tels procédés, protester ... ; mettre l'administration française devant ses responsabilités ; suivi des cas et recherche de solutions aux différents problèmes. Moyens: adresse mail: maroc-resf@no-log.org; et information des réseaux, notamment en France RESF... Le collectif: en principe organisation des droits de l’Homme, syndicats et associations de français de l'étranger ; protester auprès des autorités françaises au Maroc...à suivre.


Afriques en Lutte, Décembre 06

23 novembre 2006

Jean-Pierre Thorn - Allez Yallah !

Dans son documentaire « Allez Yallah ! », Jean Pierre Thorn filme l’aventure de la Caravane des droits des femmes. Marocaines (Ligue démocratique des droits des femmes, LDDF), algériennes, tunisiennes, ces femmes du Sud partent à la rencontre d’autres femmes, dans le Maghreb, mais aussi en France, pour combattre les discriminations faites aux femmes et portées par l’intégrisme religieux. Sous la tente berbère, aide juridique, animations, débats se succèdent. Jean-Pierre Thorn, après le monde ouvrier, la ghettoïsation des banlieues, la double peine, le mouvement hip-hop, s’attache à nous faire découvrir un voyage porteur de nouvelles espérances.

D’où vient l’idée du film ?
Jean-Pierre Thorn - Depuis 2000, au Maroc, des femmes (sous l’égide de la LDDF) font, chaque année, une caravane nationale et plusieurs régionales. Ces militantes se battaient, au début, pour l’application d’une loi qui devait abolir les mesures discriminatoires, telles que la tutelle - une femme n’a pas le droit de se marier sans l’autorisation du père, du frère ou de l’on- cle -, la répudiation - qui jette les femmes à la rue sans droits -, la polygamie et les mariages forcés. En Algérie, avec le code de la famille de 1984, la tutelle continue. Une femme peut être ministre en Algérie, mais elle doit avoir l’autorisation de son mari pour partir et n’a aucun droit sur ses enfants.
Ce groupe de femmes qui avance déployant cette grande tente berbère qui s’ouvre comme une fleur, ce sont les femmes qui se réapproprient l’espace public. Se retrouver sous la tente avec d’autres femmes permet à celles qui sont enfermées de sortir et de prendre conscience de leur force. J’ai commencé à filmer les banlieues lyonnaises, là où j’avais filmé Faire kiffer les anges, et j’ai été frappé par ce retour en arrière du droit des femmes à l’égalité. En filmant en France les copines marocaines, j’ai rencontré Femmes contre les intégrismes, regroupant une quarantaine d’associations, avec des associations de quartier comme à Rillieux-la-Pape, Saint-Étienne, Bron ou des associations nationales comme Voix de femme, qui lutte contre le mariage forcé. Ce qui m’a intéressé, c’est ce côté pluriel, non sectaire, avec la volonté de dépasser les clivages. En France, le mouvement était très petit. En revanche, les copines du Maroc avaient l’expérience, l’énergie, le savoir-faire et la stratégie.
Qu’avez-vous voulu montrer ?
J.-P. Thorn - Très vite, j’ai pris la décision que le film s’articulerait entre le Sud et le Nord, ce qui, avec le montage, permet de faire découvrir le sens de cette lutte par l’association des contraires. Le Sud nous aide à lire le Nord, et vice versa. Avec ces allers et retours, ces télescopages, on s’aperçoit que le Sud est plus dynamique que le Nord. Ici, on abandonne le terrain aux idées archaïques, à des traditions qui sont une instrumentalisation de l’islam, mais pas l’islam. On voit, au Maroc, l’imam du village qui laisse sa mosquée pour accueillir les caravanières, qui invitent toutes les femmes à venir sous la tente. Ici, on subit le travail sectaire de frères musulmans financés par l’Arabie saoudite, avec un projet politique profondément dangereux qui s’attaque aux femmes. Les femmes sont un enjeu dans la conquête des quartiers. Au Maroc, la caravane organise l’alphabétisation, explique le droit des femmes, en disant notamment que la polygamie n’est pas dans le Coran, que le voile n’est pas une obligation non plus. Ici, on est confronté à des femmes perdues qui, le plus souvent, ne connaissent pas leur culture et apprennent le Coran avec différentes interprétations. Des gamines viennent vous dire froidement que la lapidation des femmes est présente dans le Coran.
J’ai trouvé intéressant que des femmes du Sud viennent nous réveiller au Nord. La logique est inversée, et j’ai découvert un mouvement féministe arabe extraordinaire, dont les médias d’ici ne parlent pas. C’est courageux de voir ces femmes arabes qui luttent seules contre l’islamisme. Alors, on a une obligation de solidarité avec elles. J’ai été épaté, au Maroc, de voir le nombre d’a-vocats, de médecins, d’étudiants en médecine qui, sur leur temps libre, accompagnent la caravane dans des lieux où, à 35 kilomètres à la ronde, il n’y a pas de dispensaire. Ils souhaitent que la médecine soit différente de la conception technocratique et font une médecine qui va vers le peuple. C’est cet idéalisme, cette énergie du Sud que j’ai essayé de capter dans mon film.
Ces femmes occupent le terrain des islamistes là où l’État déserte, où les islamistes instrumentalisent la misère sociale. C’est un véritable maillage social qu’elles organisent par des actions de terrain très concrètes - aide médicale, juridique, alphabétisation, informations sur le code de la famille...
J.-P. Thorn - Les militantes font des enquêtes avec un vrai quadrillage, avant de partir avec la caravane en régions. Avec ses 7 000 femmes, la LDDF travaille à des projets d’alphabétisation, les filles n’allant plus à l’école dans le secondaire. Dans les cou-ches populaires, les parents ne les laissent pas partir pour la grande ville. Dans un village très traditionnel, on voit un imam les accueillir en disant que les petites filles doivent aller à l’école. En revanche, dans la ville, où elles organisent l’opération de propreté parce qu’il n’y a pas eu de travaux de voirie, on est dans une municipalité intégriste. Comme il n’y a pas de tout-à-l’égout, il y a des inondations chaque année. Elles ont des techniques très terre à terre. Un barbu explique que l’inondation est due à la colère de Dieu et elles disent : « Non, ce sont les hommes qui n’ont pas pris en charge la maîtrise de l’environnement. » Elles nettoient le quartier avec la population, notamment les jeunes.
Y a-t-il, dans la caravane, des femmes croyantes et pratiquantes et des femmes ni croyantes, ni pratiquantes ?
J.-P. Thorn - Il y a les deux. Leur souci est que des femmes de culture musulmane entendent d’autres interprétations de l’islam que celles des intégristes. Parmi celles qui font de l’alphabétisation, il y en a qui sont voilées, mais qui participent à la lutte pour l’égalité. Les caravanières ne font pas de la question du voile un a priori. À chacune sa foi. Ce qui importe, c’est qu’elles luttent ensemble contre les mariages forcés, contre la tutelle, contre les violences faites aux femmes. Elles inscrivent leur combat dans la permanence d’une lutte de génération. Elles vont vers les petites filles, ce sont ces petites filles qui changeront la réalité. L’espoir, aussi, c’est qu’il va y avoir une nouvelle caravane devant traverser l’Afrique, parce que les femmes africaines se posent aussi ces questions-là.
Propos recueillis par Laura Laufer

2006-11-23

13 juillet 2006

IMMIGRATION - Conférence sur les migrations

Initiée par l’Espagne et le Maroc et relayée par la France, la conférence de Rabat sur les migrations, qui réunit une soixantaine de pays européens et africains, se fixe comme objectif de maîtriser les flux migratoires, pour prétendument éviter les drames comme celui des migrants subsahariens tués, ou plutôt assassinés, parce qu’ils tentaient de pénétrer dans les enclaves espagnoles au Maroc ou celui de naufrages d’embarcation de fortune.
Mais, en fait, l’essentiel des préoccupations, portées notamment par les pays européens, est de mettre en place un contrôle accru des frontières maritimes, terrestres et aériennes du continent européen, de renforcer la coopération policière et judiciaire et d’organiser le retour des clandestins dans leur pays d’origine. Bien sûr, la main sur le cœur, les gouvernements européens jurent vouloir aider économiquement les pays les plus touchés par l’exode d’une partie de leur population, mais on sait ce qu’il en est des bienfaits de l’aide économique des pays européens au continent africain.
Une conférence non gouvernementale eurafricaine s’est tenue les 30 juin et 1er juillet, près de Rabat au Maroc. Elle a adopté un manifeste qui exige notamment le renoncement à l’idéologie sécuritaire et répressive qui oriente aujourd’hui les politiques migratoires, la reconnaissance du droit de circulation, la régularisation de tous les sans-papiers, la fermeture des centres d’enfermement et de rétention, le droit au regroupement familial, le droit à la souveraineté alimentaire et l’abolition de la dette.

Rouge 2006-07-13

MAROC - Meurtre d’un syndicaliste

Une nouvelle fois, l’État marocain assassine. Le 29 juin, une manifestation syndicale des ouvriers et employés communaux a été sauvagement réprimée à Rabat. Des dizaines de personnes ont été hospitalisées et arrêtées. C’est au cours de la première charge que Mustapha Laaraaj, secrétaire général du syndicat local de Tifelt de l’Union marocaine des travailleurs (UMT) a été battu à mort par des agents de la « police de proximité » (équivalent de la BAC et responsable de nombreuses bavures ces derniers mois).

Laaraaj, comme des dizaines de ses collègues, était suspendu de ses fonctions professionnelles pour son activité militante. La manifestation nationale organisée à Rabat visait à dénoncer la répression syndicale, mais aussi le non-respect des accords signés avec les autorités lors de négociations antérieures portant sur la question de la titularisation des diplômés chômeurs (embauchés mais sans statut), la revalorisation salariale, le calcul de l’ancienneté et le projet, plus global, d’externalisation d’activités publiques au profit du privé.
On ne peut comprendre cette violence sans rappeler, pour autant, le contexte général : d’un côté, la dégradation des conditions de vie et de travail des masses populaires et, de l’autre, la montée d’une pression syndicale de la base et de nouvelles expériences de luttes, souvent impulsées par des coordinations unitaires locales beaucoup plus autonomes et combatives que les appareils. Ces derniers mois, de nombreuses luttes ont témoigné de la profondeur de la crise sociale, mais aussi d’une volonté de résistance active de plus en plus large. Casser ce processus de remobilisation est l’un des objectifs de la violence de l’État.
À la veille d’une année d’élections législatives rendues encore plus antidémocratiques par la réforme du code électoral, il s’agit de neutraliser le débat politique, de tout faire pour que la question sociale ne s’y invite pas ! Pour le moment, sur l’initiative de la gauche radicale et démocratique, s’est constitué un réseau national de lutte contre la répression étatique sous toutes ses formes, dont le premier sit-in devant le Parlement a été dispersé... par les forces de l’ordre. Du côté syndical, les ouvriers et employés communaux s’orientent vers des journées de grève nationales et des temps forts centraux. Le 12 juillet sera une journée d’action globale à la mémoire du syndicaliste assassiné et contre la criminalisation des résistances sociales. La solidarité la plus large doit être mise en œuvre pour dénoncer la dictature et empêcher l’escalade de la répression.
Chawqui Lotfi

2006-07-13

16 mars 2006

Maroc - Genèse d’une indépendance

Il y a 50 ans, le 2 mars 1956, le Maroc parvenait à son indépendance. Cette libération du protectorat colonial fut rendue possible par les luttes indépendantistes des décennies précédentes.

En 1912, la signature des traités de protectorat découpe le Maroc en régions sous domination française et espagnole. Prétextant l’incapacité du pouvoir central à rembourser les emprunts contractés auprès des grandes banques, la France et l’Espagne officialisent la colonisation par ce traité. Le protectorat, jugé moins coûteux et plus facile à mettre en place qu’une annexion directe, s’appuie sur les autorités locales et le pouvoir du sultan afin d’instaurer une domination globale, en les associant aux différentes politiques mises en place. Ce sera d’ailleurs une constante de la politique française. Il faudra néanmoins plus de 22 ans pour imposer une pacification des tribus traditionnellement hostiles à tout pouvoir central. L’épisode le plus connu, la guerre du Rif, a nécessité l’emploi de 800 000 hommes lourdement armés pour venir à bout d’une des premières grandes insurrections anticoloniales.
Pour autant, dès les années 1930, une contestation de la politique coloniale a émergé, cette fois dans les villes, à partir de la bourgeoisie urbaine et de jeunes intellectuels. Le Comité d’action marocaine, créé en 1934, élabore une plateforme modérée exigeant la stricte application du protectorat et, notamment, la suppression du dahir berbère, qui soumettait les régions berbérophones à une juridiction française, instaurant de fait une administration directe. Le refus des autorités, les déceptions de la politique du Front populaire, le choix stratégique du grand patronat européen de s’appuyer sur les « féodaux » ont progressivement fermé l’espace d’une négociation dans le cadre du protectorat. La Deuxième Guerre mondiale a accéléré ce processus.
Actions armées
En 1944, la formation du parti de l’Istiqlal (« Parti de l’indépendance », PI), dirigé par Alal El Fassi, réformateur libéral et religieux, et par Ben Barka, représentant de la jeune garde moderniste, unifie tous les groupes nationalistes et présente un manifeste où apparaît, pour la première fois, l’exigence de l’indépendance du Maroc dans son intégrité territoriale, sous l’égide du sultan. Ce parti, lié à des élites sociales et intellectuelles brimées par l’ordre colonial, cherchait à s’appuyer sur le sultan dans son combat nationaliste. Ce dernier, de son côté, a pris conscience du danger d’être associé à l’ordre colonial, son rôle se cantonnant à approuver les décrets imposés par la Résidence - les autorités françaises - en cas de contestation majeure. En 1947, le PI annonce qu’il défend l’indépendance et il remet un mémorandum exigeant une révision des rapports franco-marocains, considérée par la Résidence comme une rupture unilatérale du traité établissant le protectorat.
Mais, derrière ces évolutions, c’est l’ensemble du nouveau climat social et politique qu’il faut avoir en tête. Dès 1945, les idées d’indépendance progressent dans tous les grands centres économiques. L’Union générale des syndicats confédérés du Maroc recrute massivement dans les milieux ouvriers, en même temps que se développent, dans tout le pays, des cellules nationalistes. En décembre 1952, l’assassinat du syndicaliste tunisien Ferhat Hached aboutit à de véritables émeutes ouvrières et populaires. L’ordre colonial en profite pour démanteler les partis, la presse et les organisations syndicales nationalistes. En même temps, il soutient un mouvement d’opposition au sultan, mené par le pacha de Marrakech, El Glaoui, représentant les « féodaux » devenus, à l’ombre du protectorat, de grands propriétaires fonciers dirigeant le pays d’une main de fer.
Le 20 août 1953, après de nouvelles journées d’émeutes, le roi est exilé. Il est remplacé par un sultan fantoche, Ben Arafa, candidat des féodaux et de la France. Cette situation ouvre la voie à une radicalisation politique et armée de plus en plus incontrôlable. En août 1955, plus d’un an après Diên Biên Phu et alors que l’Algérie est entrée en guerre, une nouvelle forme de résistance voit le jour à travers la formation d’une Armée de libération du Maroc (ALM), qui passe à l’action dans le Rif et le Moyen Atlas. Elle connaîtra un développement rapide, une branche agissant au Nord et l’autre au Sud. L’ALM se fixe pour objectif de lutter contre le colonialisme et les féodaux, mais aussi de combattre jusqu’à la libération totale de tout le Maghreb. Dans les villes, le Croissant noir, impulsé par des militants proches du Parti communiste et de la Moundamma syrria (organisation secrète proche du PI), mène des actions armées avec un véritable soutien populaire.
Monarchie
Pour l’État français, il s’agit dès lors d’éviter l’ouverture d’un nouveau front, alors que la situation en Algérie s’enlise. Des contacts sont pris, à Aix-les-Bains, avec les nationalistes du PI. Le roi, ayant obtenu l’allégeance des caïds qui l’avait déposé, revient d’exil. Le 7 décembre 1955, le premier gouvernement marocain, mené par Barek Bekkai, homme du roi connu pour sa modération et chargé de négocier l’indépendance, est constitué. L’effondrement de l’autorité administrative et la poussée de l’ALM accélèrent l’abolition du traité de Fès instaurant le protectorat. « L’indépendance dans le cadre de l’interdépendance » est signée le 2 mars 1956 avec la France, le 7 avril avec l’Espagne.
Mais la lutte ne finit pas. Les années qui suivent sont celles d’un combat intense, où se jouent la construction politique de l’État indépendant, sa configuration institutionnelle et son rapport à l’ancienne métropole. Pour celle-ci, il s’agit de mettre fin aux actions armées, d’empêcher la mise en place d’un gouvernement moderniste et progressiste qui ne se contenterait pas d’une indépendance formelle. Très vite, la France optera pour une monarchie forte.
Le roi Mohammed V, associé par le PI à la lutte pour l’indépendance, jouit d’une popularité réelle, mais les partis nationalistes encadrent, de près ou de loin, toutes les forces organisées et disposent d’une assise de masse. L’Union marocaine du travail (UMT), syndicat nationaliste, possède à lui seul près de 500 000 adhérents. Une fois acquise l’indépendance, la question du pouvoir et de son partage est donc posée. La décision de la direction du PI de désarmer l’Armée de libération et les organisations urbaines militaires, par tous les moyens - y compris l’assassinat et la répression des noyaux irréductibles -, va peser.
Le soutien à la mise sur pied des Forces armées royales (FAR), sous l’autorité exclusive du prince, dès mai 1956, en recyclant les officiers et les troupes coloniales, sera également lourd de conséquences. Le PI apportera ainsi une crédibilité et une légitimité à un courant sécuritaire qui en manquait cruellement. Cette force de frappe et les services de police permettront à la monarchie - surtout au futur roi Hassan II - de construire l’architecture d’un pouvoir sans partage, contrairement aux vœux des nationalistes.
Chawqui Lotfi

2006-03-16

Maroc - Genèse d’une indépendance

Il y a 50 ans, le 2 mars 1956, le Maroc parvenait à son indépendance. Cette libération du protectorat colonial fut rendue possible par les luttes indépendantistes des décennies précédentes.

En 1912, la signature des traités de protectorat découpe le Maroc en régions sous domination française et espagnole. Prétextant l’incapacité du pouvoir central à rembourser les emprunts contractés auprès des grandes banques, la France et l’Espagne officialisent la colonisation par ce traité. Le protectorat, jugé moins coûteux et plus facile à mettre en place qu’une annexion directe, s’appuie sur les autorités locales et le pouvoir du sultan afin d’instaurer une domination globale, en les associant aux différentes politiques mises en place. Ce sera d’ailleurs une constante de la politique française. Il faudra néanmoins plus de 22 ans pour imposer une pacification des tribus traditionnellement hostiles à tout pouvoir central. L’épisode le plus connu, la guerre du Rif, a nécessité l’emploi de 800 000 hommes lourdement armés pour venir à bout d’une des premières grandes insurrections anticoloniales.
Pour autant, dès les années 1930, une contestation de la politique coloniale a émergé, cette fois dans les villes, à partir de la bourgeoisie urbaine et de jeunes intellectuels. Le Comité d’action marocaine, créé en 1934, élabore une plateforme modérée exigeant la stricte application du protectorat et, notamment, la suppression du dahir berbère, qui soumettait les régions berbérophones à une juridiction française, instaurant de fait une administration directe. Le refus des autorités, les déceptions de la politique du Front populaire, le choix stratégique du grand patronat européen de s’appuyer sur les « féodaux » ont progressivement fermé l’espace d’une négociation dans le cadre du protectorat. La Deuxième Guerre mondiale a accéléré ce processus.
Actions armées
En 1944, la formation du parti de l’Istiqlal (« Parti de l’indépendance », PI), dirigé par Alal El Fassi, réformateur libéral et religieux, et par Ben Barka, représentant de la jeune garde moderniste, unifie tous les groupes nationalistes et présente un manifeste où apparaît, pour la première fois, l’exigence de l’indépendance du Maroc dans son intégrité territoriale, sous l’égide du sultan. Ce parti, lié à des élites sociales et intellectuelles brimées par l’ordre colonial, cherchait à s’appuyer sur le sultan dans son combat nationaliste. Ce dernier, de son côté, a pris conscience du danger d’être associé à l’ordre colonial, son rôle se cantonnant à approuver les décrets imposés par la Résidence - les autorités françaises - en cas de contestation majeure. En 1947, le PI annonce qu’il défend l’indépendance et il remet un mémorandum exigeant une révision des rapports franco-marocains, considérée par la Résidence comme une rupture unilatérale du traité établissant le protectorat.
Mais, derrière ces évolutions, c’est l’ensemble du nouveau climat social et politique qu’il faut avoir en tête. Dès 1945, les idées d’indépendance progressent dans tous les grands centres économiques. L’Union générale des syndicats confédérés du Maroc recrute massivement dans les milieux ouvriers, en même temps que se développent, dans tout le pays, des cellules nationalistes. En décembre 1952, l’assassinat du syndicaliste tunisien Ferhat Hached aboutit à de véritables émeutes ouvrières et populaires. L’ordre colonial en profite pour démanteler les partis, la presse et les organisations syndicales nationalistes. En même temps, il soutient un mouvement d’opposition au sultan, mené par le pacha de Marrakech, El Glaoui, représentant les « féodaux » devenus, à l’ombre du protectorat, de grands propriétaires fonciers dirigeant le pays d’une main de fer.
Le 20 août 1953, après de nouvelles journées d’émeutes, le roi est exilé. Il est remplacé par un sultan fantoche, Ben Arafa, candidat des féodaux et de la France. Cette situation ouvre la voie à une radicalisation politique et armée de plus en plus incontrôlable. En août 1955, plus d’un an après Diên Biên Phu et alors que l’Algérie est entrée en guerre, une nouvelle forme de résistance voit le jour à travers la formation d’une Armée de libération du Maroc (ALM), qui passe à l’action dans le Rif et le Moyen Atlas. Elle connaîtra un développement rapide, une branche agissant au Nord et l’autre au Sud. L’ALM se fixe pour objectif de lutter contre le colonialisme et les féodaux, mais aussi de combattre jusqu’à la libération totale de tout le Maghreb. Dans les villes, le Croissant noir, impulsé par des militants proches du Parti communiste et de la Moundamma syrria (organisation secrète proche du PI), mène des actions armées avec un véritable soutien populaire.
Monarchie
Pour l’État français, il s’agit dès lors d’éviter l’ouverture d’un nouveau front, alors que la situation en Algérie s’enlise. Des contacts sont pris, à Aix-les-Bains, avec les nationalistes du PI. Le roi, ayant obtenu l’allégeance des caïds qui l’avait déposé, revient d’exil. Le 7 décembre 1955, le premier gouvernement marocain, mené par Barek Bekkai, homme du roi connu pour sa modération et chargé de négocier l’indépendance, est constitué. L’effondrement de l’autorité administrative et la poussée de l’ALM accélèrent l’abolition du traité de Fès instaurant le protectorat. « L’indépendance dans le cadre de l’interdépendance » est signée le 2 mars 1956 avec la France, le 7 avril avec l’Espagne.
Mais la lutte ne finit pas. Les années qui suivent sont celles d’un combat intense, où se jouent la construction politique de l’État indépendant, sa configuration institutionnelle et son rapport à l’ancienne métropole. Pour celle-ci, il s’agit de mettre fin aux actions armées, d’empêcher la mise en place d’un gouvernement moderniste et progressiste qui ne se contenterait pas d’une indépendance formelle. Très vite, la France optera pour une monarchie forte.
Le roi Mohammed V, associé par le PI à la lutte pour l’indépendance, jouit d’une popularité réelle, mais les partis nationalistes encadrent, de près ou de loin, toutes les forces organisées et disposent d’une assise de masse. L’Union marocaine du travail (UMT), syndicat nationaliste, possède à lui seul près de 500 000 adhérents. Une fois acquise l’indépendance, la question du pouvoir et de son partage est donc posée. La décision de la direction du PI de désarmer l’Armée de libération et les organisations urbaines militaires, par tous les moyens - y compris l’assassinat et la répression des noyaux irréductibles -, va peser.
Le soutien à la mise sur pied des Forces armées royales (FAR), sous l’autorité exclusive du prince, dès mai 1956, en recyclant les officiers et les troupes coloniales, sera également lourd de conséquences. Le PI apportera ainsi une crédibilité et une légitimité à un courant sécuritaire qui en manquait cruellement. Cette force de frappe et les services de police permettront à la monarchie - surtout au futur roi Hassan II - de construire l’architecture d’un pouvoir sans partage, contrairement aux vœux des nationalistes.
Chawqui Lotfi

2006-03-16

19 mai 2005

HISTOIRE - Conférence réussie sur les massacres coloniaux Sétif

C’était la première initiative organisée par le tout jeune collectif Devoirs de mémoires. Et ça a été un succès. Plus de cent personnes, dans une salle devenue beaucoup trop petite, se sont retrouvées le mardi 10 mai au soir. Toutes les générations étaient au rendez-vous. Un curieux mélange qui a pourtant rapidement pris, regroupant des anciens acteurs anticolonialistes de l’époque, sympathisants ou ex-militants du FLN, jeunes venus pour écouter et apprendre, quelques rappeurs... Bref, un cocktail explosif. Après une rapide présentation du collectif par Leila, Jean-Claude, Nanou et Myriam, les exactions de Sétif et de Guelma, du 8 mai 1945, en Algérie étaient exposées. Mohammed Harbi, acteur de la révolution algérienne, présentait les origines des événements, de la naissance du mouvement nationaliste aux premières explosions populaires de la libération, où les slogans antifascistes ont résonné avec ceux réclamant l’égalité des droits et la fin du statut de l’indigénat. Benjamin Stora, spécialiste de l’histoire algérienne, revenait sur le contexte global, les raisons profondes de ces massacres dont on estime qu’ils ont fait entre 15 000 et 40 000 morts, ainsi que sur le positionnement complaisant de la gauche française et notamment du Parti communiste. Le débat était enthousiaste, mélange de questions, de témoignages, de réflexions... et surtout d’appels à poursuivre. À noter la présence de quelques personnalités, comme Stéphane Pocrain, Christiane Taubira et Joey Starr. À suivre donc.
Olivier Besancenot
2005-05-19

22 janvier 2004

Rachid Chrii - Maroc : ouverture politique ?

Condamné à 18 mois de prison, en avril 2003, pour des motifs fallacieux (appel à la rébellion, aide à un criminel en état d'arrestation...), Rachid Chrii, syndicaliste, militant altermondialiste (Attac-Maroc) et défenseur des droits humains, a été libéré le 7 janvier dernier en même temps que 32 autres prisonniers politiques.
- Votre libération est intervenue simultanément à la mise en place de l'instance Equité et réconciliation, chargée d'apurer les dossiers de la répression au Maroc. Cela donne-t-il des raisons d'être optimiste concernant la réhabilitation des anciens prisonniers et le jugement des responsables de la torture ? Le règne de l'impunité est-il clos ?
Rachid Chrii - Pour remettre la libération de 33 détenus politiques dans son contexte, il faut commencer par rappeler les raisons de leur détention. L'avènement du "nouveau" régime marocain a, en effet, hérité de toutes les contradictions de "l'ancien" : l'usure des instruments classiques de la dictature et son incapacité "organique" à entamer des réformes politiques. De fait, toutes les initiatives prises par le pouvoir marocain durant ces dix dernières années procèdent d'une double volonté : d'une part, réformer les instruments de domination pour se donner une légitimité démocratique et, d'autre part, renforcer le despotisme en colmatant toute brèche qui pourrait permettre une véritable ouverture politique. C'est dans ce cadre que doit être interprétée notre détention (journalistes, militants de gauche et islamistes) et, aujourd'hui, notre libération. Le fait que cette libération soit annoncée à l'occasion de l'installation de l'instance Equité et réconciliation confirme à sa manière la vision politicienne et manoeuvrière avec laquelle les questions des droits de l'Homme sont posées par le pouvoir au sein duquel les "anciens" continuent toujours de régner. Cela dévoile la nature même de cette instance : loin d'être un instrument de réconciliation, elle constitue un nouveau moyen de chantage vis-à-vis des victimes de la répression pour imposer l'acquittement "extrajudiciaire" des tortionnaires et enterrer la vérité. L'impunité est ainsi institutionnalisée. Ce qui donne de nombreuses raisons de rester vigilants. Car le pouvoir se dote de nouveaux instruments pour étouffer les aspirations démocratiques du peuple et écraser ses forces militantes.
- En lisant la presse marocaine, on a l'impression d'une vie politique très intense. Cela ne refléterait donc pas un réel processus de démocratisation ?
R. Chrii - Avant de poursuivre, j'aimerais bien mettre en garde l'opinion et les militants sur la nature de ladite "presse marocaine". La presse indépendante au Maroc est constamment réprimée et la presse militante et critique est quasiment inexistante. Ce qui laisse le champ libre à une presse policière et à la presse politicienne des partis gouvernementaux. Ce que reflète la presse marocaine officielle et semi-officielle, ce sont les multiples manoeuvres de la caste gouvernante qui sèment la confusion dans l'opinion publique internationale. La réalité de la vie politique est bien différente de ce qu'on croit en percevoir de l'extérieur. Le régime marocain est un système politique hautement centralisé laissant peu de place aux partis politiques, même réformistes. Ce monopole de la vie politique est l'un des caractères d'un régime hostile à tout compromis. Le gouvernement et les institutions représentatives ne sont que les courroies de transmission de décisions prises ailleurs. Dans ces conditions, personne au Maroc (je l'espère aussi pour l'étranger) n'est dupe sur le réalité politique du pays. Mais les manoeuvres du pouvoir ne sont pas sans effets puisque le régime a pu ainsi domestiquer les vieux partis de l'opposition, une partie de la mouvance islamiste et même un secteur de la gauche. Ces résultats constituent évidemment des facteurs de stabilité institutionnelle, mais ils sont aussi des facteurs d'approfondissement du fossé entre le régime et la société.
- Il y a eu un grand meeting populaire sur la place de Safi pour fêter ta libération. Est-ce que cela signifie que dans la population, il y a une grande sensibilité aux questions des droits de l'Homme et de la démocratie ?
R. Chrii - Notons d'abord que Safi est une ville populaire de tradition militante ouvrière. Depuis les années 1970, des vagues de restructurations ont laissé derrière elles des milliers d'ouvrières et d'ouvriers licenciés. Les sit-in et manifestations de rues sont des acquis arrachés grâce au travail systématique de solidarité que mènent les camarades à chaque fois qu'un secteur ouvrier ou populaire se met en lutte. Le grand meeting populaire, organisé par les camarades des sections locales de l'Association marocaine des droits de l'Homme (AMDH), d'Attac-Maroc et de l'Association nationale des diplômés chômeurs du Maroc (ANCDM), à l'occasion de ma libération, a reflété ainsi la révolte de la population des quartiers populaires contre les bavures policières et contre des conditions de vie qui ne cessent de se détériorer. La population exprime, à sa manière, ses aspirations démocratiques par les moyens de la rue quand les moyens légaux sont étouffés.
- Quelle est la situation du mouvement social marocain ?
R. Chrii - Elle se caractérise par une crise des directions bureaucratiques traditionnelles dans un contexte où de nouvelles directions militantes ont des difficultés à émerger. Mais la crise traverse aussi la gauche radicale, faute d'un projet politique et d'un cadre organisationnel qui permettraient l'unification des efforts et des initiatives des équipes militantes. Cette crise est accentuée par l'approfondissement même de l'offensive néolibérale et par le durcissement de la répression. Le mouvement syndical est, par ailleurs, divisé en autant d'organisations que de partis. Depuis bien longtemps, le mouvement étudiant traverse, quant à lui, une crise de définition des tâches et d'un programme de lutte. L'Union nationale des étudiants marocains (Unem) est affaiblie par les luttes fractionnelles de ses différentes composantes. Le mouvement associatif (femmes, droits humains, droits culturels, etc.) est soumis à de multiples entraves. Cette situation est un obstacle à la constitution d'un front social de lutte pour changer les rapports de forces et créer les conditions nécessaires à une réorganisation du mouvement ouvrier et populaire. Les luttes, pour autant, n'ont jamais cessé, mais leur développement dépendra, en partie, de la possibilité de structurer à l'échelle nationale un courant "lutte de classe" qui soit doté d'un projet politique (et non partisan) démocratique, unitaire et anticapitaliste.
Propos recueillis par Sadri Khiari
Rouge 2048 22/01/2004

27 novembre 2003

Maroc - Liberté pour Rachid Chrii

Rachid Chrii, syndicaliste et altermondialiste marocain (1), a décidé d'entamer une grève de la faim le 10 décembre prochain pour protester contre son emprisonnement et l'arbitraire dont il est victime.
Epuisé par de longs mois d'emprisonnement, indigné par l'arbitraire dont il est victime, le syndicaliste et altermondialiste marocain, Rachid Chrii vient d'annoncer sa décision d'entamer une grève de la faim à l'occasion du 55e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, le 10 décembre prochain. Il exige d'être libéré et demande qu'une enquête soit ouverte concernant les circonstances de son enlèvement par la police politique, le 21 avril dernier.
Ce jour-là, dans un quartier populaire de Safi, Rachid a tenté de dissuader des policiers de brutaliser le jeune homme qu'ils venaient d'interpeller. Le lendemain, alors qu'il se rendait à son travail, cinq "sécuritaires" - c'est ainsi que l'on nomme la police politique au Maroc - se sont jetés sur Rachid et l'ont conduit les yeux bandés dans un endroit secret où ils lui ont fait subir les pires tortures : coups, décharges électriques, introduction d'une bouteille dans l'anus, etc. Quarante-huit heures plus tard, Rachid est présenté à un juge, lequel lui annonce qu'il est poursuivi pour commerce de haschich, protection de dealers et incitation à la rébellion. Malgré l'absence de preuves et la falsification du procès-verbal, le militant marocain a néanmoins été condamné à dix-huit mois de prison. Quant aux témoins à charges, ils ont avoué avoir essuyé menaces et tentatives de corruption. Les autorités marocaines n'ont rien voulu entendre des arguments de la défense, comme elles ont fait la sourde oreille devant les multiples manifestations de solidarité qui se sont exprimées (manifestations, sit-in massifs devant le tribunal, grèves, etc.). De toute évidence, Rachid Chrii a été sanctionné pour son engagement démocratique et social dans les quartiers populaires de Safi.
Au lendemain du 11 Septembre, et notamment depuis les attentats islamistes du 16 mai dernier, le régime marocain revient progressivement sur les quelques libertés accordées lorsque Mohamed VI est monté sur le trône. L'enquête sur les attentats a été l'occasion d'une vague d'arrestations dans les milieux islamistes (4 000 interpellations de "suspects" et près de 900 incarcérations). La torture a été pratiquée à une large échelle. Dans la foulée, une loi relative à "la lutte contre le terrorisme" a restreint les libertés et renforcé les pouvoirs de l'appareil sécuritaire. Les islamistes ne sont pas la seule cible de la répression. Ainsi, le journaliste Ali Lmrabet a-t-il été condamné à trois ans de prison pour "outrage au roi", des défenseurs des droits de l'Homme ont été également arrêtés, de même que des militants accusés de défendre l'indépendance du Sahara occidental. C'est ce que le nouveau roi a appelé "la fin de l'ère du laxisme".
Un "laxisme" qui aurait profité aux islamistes, dit-on dans certains milieux "modernistes" pour justifier la répression. Ces dernières années, les différentes composantes de l'islamisme marocain ont, certes, vu croître leur audience au sein des couches populaires au gré de l'application des recettes néolibérales prônées par le FMI et la Banque mondiale et appliquées par les partis libéraux et sociaux-démocrates, dans le cadre des accords de partenariat signés avec l'Union européenne. Mais le chômage massif (37 % des jeunes urbains âgés de 15 à 24 ans, 25 % des diplômés), la misère, le taux d'analphabétisme (près de 50 %), la croissance des différenciations sociales, tels sont les véritables maux du Maroc que la libéralisation économique en cours va encore aggraver. La "fin de l'ère du laxisme", pour utiliser l'euphémisme royal, vise bien évidemment la résistance sociale qui s'amorce. Une résistance qui vaut à Rachid d'être aujourd'hui derrière des barreaux.
Sadri Khiari
- Une pétition internationale pour la libération de Rachid Chrii circule. Pour la signer, s'adresser à : .
1. Secrétaire général du syndicat des ouvriers, employés et cadres des communes locales (CDT), membre du bureau local de l'Association marocaine des droits humains (AMDH, section de Safi), membre du Comité solidarité contre la mondialisation capitaliste (intégré depuis à Attac-Maroc) et activiste du quartier Saniat (un quartier populaire de Safi).
Rouge 2041 27/11/2003

26 juillet 2002

MAROC-ESPAGNE - L’île de discorde

Un conflit peut en cacher d’autres. C’est ce qui s’est passé entre l’Espagne et le Maroc concernant l’îlot du Persil pour les uns, Leïla pour les autres.
Après deux semaines de crise entre le Maroc et l’Espagne, l’administration Bush, soucieuse de mettre un terme à un conflit opposant ses plus fidèles alliés de Méditerrannée occidentale, a sifflé la fin du match avec le retrait des soldats espagnols qui avaient expulsé des gendarmes marocains de l’îlot de Leïla.
Le petit îlot inhabité est devenu malgré lui le symbole des enclaves espagnoles en Afrique du Nord, derniers reliquats de l’empire. Sa réoccupation symbolique par dix gendarmes marocains a permis au gouvernement Aznar l’emploi de méthodes qu’on pensait réservées au Pays basque. Déjà stigmatisé et considéré comme principal responsable de l’immigration clandestine et du trafic de drogue dans la région, le Maroc, avec sa prétention à recouvrir sa souveraineté sur les enclaves de Ceuta, Melila, etc., est vite devenu insupportable aux yeux de Madrid. Car lesdites enclaves restent considérées par l’Espagne comme un acquis stratégique non négociable en raison du contrôle de la zone de Gibraltar.
La volonté continue de se placer en partenaire économique privilégié vise selon le quotidien El Pais à rendre le royaume si dépendant que ses revendications territoriales n’en deviennent plus "rentables"... Et en tant qu’Etat pivot de l’impérialisme étatsunien, le Maroc ne s’est jamais caractérisé par ses velléités d’indépendance. Situation post-11 septembre oblige, l’occupation de l’îlot paraissait mystérieuse.
C’est une stratégie à plusieurs tiroirs qui semble avoir guidé le geste marocain: si la tension avec l’Espagne est certaine et les revendications sur ses enclaves nord-africaines légitimes, la question intérieure a joué, s’inscrivant dans un recentrage du pouvoir perceptible depuis deux années.
Le timing d’abord: la petite virée de gendarmes sur l’îlot coïncide avec le mariage en grande pompe du "souverain". Trois jours d’une fête féodale peinturlurée d’un vernis progressiste - le premier mariage public d’un monarque chérifien -, censée symboliser l’alliance d’une "monarchie populaire avec son peuple monarchique". L’occupation est venue à point pour resserrer l’opinion derrière le palais.
La situation du Sahara occidental1 a sans doute joué, le Maroc voulant souligner son caractère inviolable. Mais la question, à l’extérieur du moins, reste à minorer: si l’Espagne suscite régulièrement le courroux marocain par son attachement au plan de l’ONU (réferundum d’autodétermination), sa position est loin d’être majoritaire au sein de l’Union européenne et, surtout, ce plan a été victime d’un enterrement de première classe par la mission étatsunienne de James Baker, préconisant une autonomie de ce territoire dans le cadre de la monarchie et éloignant à moyen terme tout scrutin.
Mais la perspective d’une fin de conflit est porteuse de dangers certains pour l’appareil sécuritaire, tant cette région est devenue une rente de situation en maintenant la légitimité de l’entretien d’un effectif de 200 000 hommes. Or l’armée est en position de force au sein de la société marocaine. Elle est la seule à même de contenir d’éventuels soulèvements ou émeutes populaires. Le manque de légitimité de l’échiquier politique leur permet de s’ingérer de plus en plus dans la vie quotidienne.
Ainsi un axe existe entre deux anciens frères ennemis qui semble s’affermir depuis deux ans. Le Parti sécuritaire et l’USFP (au pouvoir) se rejoignent pour trouver un débouché extérieur à leur faillite interne, le tout s’accompagnant d’une légitimisation à marche forcée de l’institution militaire. Il ne se passe pas une semaine sans que l’on se découvre (ou redécouvre) des ennemis: Front polisario, Algérie, Espagne... jusqu’à l’Afrique du Sud et l’Union Africaine dont l‘essence même serait de porter "atteinte à la l’intégrité nationale"! (Maroc hebdo). Ajoutons à cela une problématique plus immédiate: à la veille d’échéances électorales, l’USFP a-t-elle voulu, à travers une réthorique va-t-en guerre, contrer l’influence montante des islamistes qui multiplient les démonstrations de force à l’occasion de chaque manifestation de soutien à la Palestine ?
Frédéric Adaoui
(1.) Ancienne colonie espagnole envahie par le Maroc. Le Front polisario se bat pour l’indépendance.

7 mai 2001

Sahara occidental - L'Onu s'incline devant Mohamed VI

Les Sahraouis viennent de refuserun projet de l'Onu, directement inspiré des propositionsmarocaines, sur le référendum d'autodéterminationau Sahara occidental. Nous avons interviewé Sadafa Bahia,représentant du Front Polisario en France.
- Le mandat de la Missiondes Nations unies pour le référendum au Sahara occidental(Minurso) devait s'achever fin juin. Pouvez-vous rappeler le processusen cours?
Sadafa Bahia - Depuisla fin 1991, les Nations unies ont établi un plan de paixprévoyant l'organisation d'un référendumd'autodétermination au Sahara occidental. Depuis, ellesessaient d'organiser ce scrutin mais butent à chaque foissur la constitution du corps électoral. Depuis 1997, lesecrétaire général des Nations unies a désignéun envoyé spécial, James Baker, pour trouver unesolution à l'impasse. Jusqu'à présent, iln'a pas réussi. Dans son dernier rapport, il propose unaccord-cadre selon lequel le Maroc conserverait l'essentiel, àsavoir la souveraineté (défense, monnaie, diplomatie,douanes...), tandis que les Sahraouis devraient se contenter dela gestion des questions locales (sociales et culturelles). Surles aspects économiques, des petites miettes seraient accordéespour les Sahraouis, l'essentiel allant au Maroc. Au terme de cinqannées, des élections devraient définir lestatut du territoire, mais selon ce dispositif, il ne pourraitque rester marocain, puisque tous les Marocains qui y sont installéspourraient voter! Comme ils sont plus nombreux que les Sahraouis,l'issue d'une telle consultation est connue d'avance.
Dans le rapport, il est demandé au Conseil de sécuritéde proroger le mandat de la Minurso jusqu'à fin novembre,ce qui a été adopté vendredi dernier. Durantces cinq mois, James Baker est censé explorer toutes lesvoies possibles, essayer d'améliorer l'accord-cadre ourechercher tout autre accord politique.
- L'Onu a donc adoptéle projet marocain?
S. Bahia - Exactement,l'Onu a repris intégralement le projet de "troisièmevoie" du Maroc. Les Américains et les Français,et surtout les Américains qui décident du sort del'humanité par Onu interposée, ont épouséle point de vue marocain. Selon lui le Sahara doit rester marocain,et ils cherchent une formule donnant l'impression qu'il n'y ani gagnant ni perdant.
- Avez-vous notédes changements à l'égard des Sahraouis depuis l'avènementde Mohamed VI?
S. Bahia - Il y a eudes changements dans les questions maroco-marocaines, mais iln'y a aucune évolution à mentionner quant au Saharaoccidental. Au contraire, sur ce sujet le trait principal de MohamedVI, c'est la continuité de l'oeuvre de son père.
- Quelles sont les propositionsdu Front Polisario?
S. Bahia - Le FrontPolisario avait fait plusieurs propositions aux Nations uniespour essayer de débloquer la situation. D'abord, nous souhaitonsque la commission d'identification des Nations unies reprenneson travail et étudie les demandes de recours. Nous voulonsensuite que les Sahraouis électeurs soient rapatriésau Sahara occidental. Enfin nous demandons la libérationde tous les prisonniers de guerre. Nous détenions prèsde 2000 prisonniers, nous en avons libéré 800. LeMaroc détient plusieurs centaines de prisonniers sahraouis.Les disparus civils sont beaucoup plus nombreux, et Amnesty Internationalcompte 500 disparus et prisonniers civils.
Désormais, James Baker va devoir reprendre son bâtonde pèlerin et tenter de réunir, directement ou non,le Maroc et le Front Polisario. Pour notre part, nous voulonsnous en tenir au plan des Nations unies, à un référendumsur l'autodétermination. Mais pour le Maroc un référendumn'est pas applicable, et ils veulent donc trouver un autre accordpolitique.
Propos recueillispar Laure Favières
+Repères
Ancienne colonie espagnole,le Sahara occidental a été annexé par leMaroc en 1975. Depuis cette date, l'Onu recommande un référendumd'autodétermination sous son contrôle, mais son organisationa toujours achoppé sur le recensement du corps électoraldevant participer au scrutin.
Un gouvernement en exil a décrété, en 1976,la République arabe sahraouie démocratique, reconnuepar 72 pays. Il est réfugié à Tindouf, dansle Sud-Ouest algérien.
Les ressources de ce territoire de plus de 250000 km2 sont: lesphosphates, le cuivre, le fer, le pétrole off-shore, l'orge,les ovins, les dromadaires, la pêche.

22 décembre 2000

Maroc - La récréation est finie

Ces derniers jours, la répression est montée d'un cran au Maroc. La fameuse ouverture célébrée par les médias et l'ex-opposition apparaît pour ce qu'elle est: une habile mascarade, visant à assurer une transition de règne sans secousse majeure.
Trois journaux marocains indépendants ont été définitivement interdits par le Premier ministre socialiste, sous prétexte qu'ils portaient atteinte à l'ouverture démocratique et aux assises institutionnelles du pays: ils avaient révélé une lettre d'un ancien dirigeant historique de l'opposition, où il apparaîtrait que cette dernière était impliquée indirectement dans les préparatifs du coup d'Etat de 1973. Il s'agit en fait de mettre un coup d'arrêt au développement d'une presse non partisane, critique à l'égard de la politique gouvernementale. L'ouverture concédée aux élites se referme d'elle-même dans ce pays où les rapports de domination, l'appareil sécuritaire et les mécanismes d'allégeance au pouvoir central sont restés intacts.
Quelques jours seulement après cette offensive contre la liberté d'expression, des dizaines de membres et dirigeants de la mouvance intégriste radicale sont arrêtés, pour avoir organisé un rassemblement de protestation contre l'interdiction de leur presse. Le 9 décembre, c'est au tour des militants de l'Association marocaine des droits de l'Homme - qui revendique la condamnation des tortionnaires et des responsables de la répression durant les années noires - d'être arrêtés: 36 d'entre eux sont poursuivis et risquent de lourdes peines. Le soir même, un communiqué du ministère de l'Intérieur impose l'interdiction de toute manifestation dans le pays... Le 11 décembre, l'Association nationale des diplômés chômeurs (ANDCM) organise un sit-in central à Rabat, en condamnation des multiples répressions dont elle est régulièrement l'objet et pour exiger le droit au travail. Elle est à son tour harcelée par les forces de l'ordre. Il y a deux raisons majeures à ce "tout répressif". Depuis 1998, on assiste à un réveil social diffus s'exprimant dans des luttes multiformes, souvent déterminées (logement, emploi, éducation, conditions de travail, droits démocratiques...). Si ces mobilisations ont rarement débouché sur des victoires, elles n'ont pu être enrayées et semblent affecter des couches de plus en plus larges de la société, y compris dans les zones rurales. Le recours à des "grèves sauvages", aux occupations d'usines, aux manifestations de rue est de plus en plus fréquent, y compris au sein des secteurs les moins organisés. Le risque d'une explosion sociale est réel, d'autant plus que la politique gouvernementale tend à accélérer les réformes libérales (privatisation de l'enseignement, démantèlement des services publics...) et la dégradation des conditions de vie et de travail. Le coût d'adaptation aux accords de libre-échange avec l'Union européenne est également lourd de conséquences sociales: démantèlement du tissu productif, marginalisation de régions entières, asphyxie de l'agriculture traditionnelle...
Le second facteur est la perte de légitimité du gouvernement actuel, soumis au pouvoir et au libéralisme. La monarchie elle-même, bien qu'avide de discours "modernistes", sait que la situation actuelle rend impossible la "paix sociale" et qu'un vide politique grandissant se fait jour. Il n'y a pas, ou de moins en moins, de relais crédible entre la monarchie et la société.
Dans ce contexte, la répression redevient le moyen principal pour éviter que s'ouvrent des brèches. Elle vise en premier lieu les forces alternatives potentielles: la gauche radicale, le mouvement social indépendant et, de l'autre côté de l'échiquier politique, la mouvance intégriste. Le gouvernement "dirigé" par les socialistes tente d'anesthésier toutes les formes de lutte directe et d'éviter toute jonction entre luttes sociales et luttes démocratiques. La presse gouvernementale vient d'annoncer, à la suite de ces événements, la mise en place d'une nouvelle loi visant à réglementer les libertés publiques... On peut aisément en deviner le contenu! Aussi, il est urgent d'organiser la solidarité contre la répression et d'aider le mouvement démocratique et populaire, qui sort de sa longue léthargie, à surmonter cette offensive qui marquera durablement les rapports de forces dans les temps à venir.
Correspondant